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DOSSIERS
 
Bernard BLAVOUX
Le 22/06/2009
Mot-clé : eau
Ce Professeur émérite à l’Université d’Avignon, hydrogéologue et géochimiste isotopique, retrace pour nous le parcours de l'eau minérale naturelle, qui explique ses propriétés favorables à la santé.
 
Synthèse de l’ interview du Pr Bernard BLAVOUX

Une eau minérale naturelle possède une composition unique, stable et est reconnue par l’Académie de Médecine pour avoir des propriétés favorables à la santé. Au départ, elle s’infiltre dans le sol dans une zone que l’on appelle l’impluvium, avant de rejoindre l’aquifère, qui est la roche souterraine contenant l’eau. Le parcours de l’eau dans la roche varie d’une dizaine d’année à plusieurs milliers d’années : c’est la période où elle acquiert ses propriétés. Avant d’autoriser une eau minérale à la vente, il faut un suivi mensuel au moins d’un an où l’on vérifie que l’eau est naturellement de composition constante. L’eau minérale dépend donc de la géologie locale. Les meilleurs terrains sont les roches très poreuses comme les sables ou les grès qui donnent les meilleurs filtres et une très bonne constance dans la composition. La composition de l’eau potable est également dépendante de la région : dans les régions calcaires, les eaux seront plutôt bicarbonatées et dans les terrains granitiques, les eaux seront très peu minéralisées.

Les principaux critères sont que l’eau minérale a une composition unique et stable, c’est bien ça ? Oui, originale et constante.


Est ce qu’il y a d’autres critères à prendre en compte par rapport aux autres eaux type les eaux de sources et les eaux du robinet ?

En France, les eaux minérales sont reconnues pour avoir des propriétés favorables à la santé. La législation française demandait qu’on prouve que l’eau avait des qualités favorables à la santé pour qu’elle soit qualifiée de minérale. Ce n’est plus une obligation pour l’eau minérale embouteillée dans la législation européenne depuis ces toutes dernières années.


Pouvez-vous m’expliquer les grandes lignes du cycle de l’eau minérale et sa formation dans le système aquifère ?

Au départ, c’est une eau de pluie qui s’infiltre dans le sol. Il s’agit d’une eau souterraine qui circule très lentement à la faveur des vides de la roche, c’est-à-dire dans les pores de certaines roches ou les microfissures ou micro fractures d’autres roches pour se minéraliser et tout ceci à l’abri de la pollution. C’est un long circuit qui se chiffre en années, en dizaines d’années et parfois même en milliers d’années.


Y a-t-il un temps minimal pour que l’eau soit déclarée eau minérale ?

Le temps de séjour de l’eau dans le sol est difficile à mesurer et on n’a souvent que des ordres de grandeur de l’âge de l’eau. Mais pour que l’eau minérale à la sortie présente une composition constante et stable, il faut quand même au minimum quelques années de séjour.


Comment peut-on être sur que la minéralisation ne change pas pour une même source ? Les roches se déchargent-elles en minéraux ? Les eaux de pluie qui s’infiltrent sont-elles différentes à chaque fois ?

Pas trop, c’est quand même de l’eau distillée au départ, l’eau de pluie, avec très peu d’éléments dissous lors de sa traversée de l’atmosphère. Elle acquiert beaucoup de CO2 lors de l’infiltration à la traversée du sol, c’est-à-dire dans la zone où il y a les racines et l’humus. Ceci lui permet de se minéraliser ensuite au contact des roches. C’est une somme de réactions chimiques complexes à l’intérieur du réservoir mais à la sortie on a toujours la même composition. Avant d’autoriser une eau minérale, il faut un suivi mensuel d’au moins un an durant lequel on vérifie qu’elle est naturellement de composition constante.


C’est ce qu’on appelle les contrôles géologiques ?

Oui, si vous entendez par là que la structure géologique et le fonctionnement du gisement d’eau minérale sont à même de fournir un produit naturel de qualité constante et originale.


Au niveau de l’extraction est-ce qu’il y a toujours une seule sortie pour un même aquifère ? car il n’y a qu’une seule usine ?

Non, au départ les sources minérales sont connues depuis très longtemps quelquefois depuis l’antiquité et il y avait souvent plusieurs sources qui constituaient les sorties d’un même aquifère. On peut aussi maintenant compléter ou remplacer ces sources par des petits forages pour des questions de meilleures protection et gestion. Il peut donc y avoir plusieurs forages mais dans le même contexte de qualité chimique et d’origine, c'est-à-dire dans le même réservoir.


Il n’y a qu’une seule usine d’embouteillage pour chaque source ?

Oui, comme l’eau minérale bactériologiquement saine ne peut pas être traitée, l’embouteillage doit donc se faire sur place avec parfois, quelques centaines de mètres de conduite en inox pour l’acheminer à l’usine, mais pas plus. Elle ne peut pas être transportée pour être embouteillée ailleurs et c’est une industrie que l’on ne peut pas délocaliser.


Les terrains karstiques ont-ils une moins bonne capacité de filtration que les autres sols ?

Oui tout à fait mais il y a très peu d’eaux minérales issues de terrains karstiques. Il n’y en a quasiment pas parce que les terrains karstiques qui comportent un véritable réseau souterrain de drains de grande taille ne sont pas en mesure de réguler suffisamment la qualité de l’eau.


Quels sont les sols, les types de roches qui sont les plus courants pour les eaux minérales ?

Les meilleurs terrains sont ceux qui présentent une perméabilité d’interstices c’est à dire une multitude de petits pores, de vides qui communiquent entre eux. Les sables, les grés, les scories volcaniques constituent d’excellents filtres et assurent les meilleures constances. Mais des calcaires quand ils ne sont pas affectés par la karstification ou les massifs granitiques qui présentent des perméabilités acquises grâce à leur fracturation sont l’objet de circulations très profondes capables de donner des eaux minérales. Un caractère commun à tous ces réservoirs est qu’ils soient à l’abri de la pollution, protégés par une couverture imperméable et une épaisse zone non saturée pour l’infiltration jusqu’à l’aquifère.


Comment l’eau acquiert-elle sa minéralisation ?

Les surfaces de contact entre l’eau et la roche que ce soit les petits grains de la roche ou les parois des micro fissures, sont considérables. La surface de contact entre l’eau qui circule et les minéraux de la roche est de plusieurs mètres carrés par centimètre cube de roches. C’est donc un formidable réacteur chimique où l’eau riche en CO2 et donc agressive vis-à-vis de ces minéraux acquiert sa minéralisation.


Comment peut-on être sûr qu’il n’y a pas de raccourcis dans la roche, des failles par exemple qui permettraient une absence de filtration dans les roches et donc une pollution des nappes, y a-t-il des contrôles qui sont effectués ?

Ceci risquerait de se traduire par une pollution à la sortie et puis surtout par une qualité variable. C’est la longueur et la durée élevées du parcours souterrain avec les mélanges dans l’aquifère et toutes ces réactions chimiques qui se passent au contact de la roche qui font que l’eau a une qualité constante. S’il y avait des courts circuits de temps en temps, les impulsions d’entrée au niveau de fortes périodes de pluie ne seraient plus régulées et on n’obtiendrait pas la constance de minéralisation ni l’excellence bactériologique nécessaires.


Donc ceci est vérifié à la fin pendant l’année de contrôle ?

Oui c’est la résultante au niveau du fonctionnement qui indique bien qu’il n’y a pas de court circuit.


Comment les aquifères sont sécurisés à l’extérieur, y a-t-il un périmètre de sécurité ?

Oui, il y a plusieurs protections à différents niveaux. Le captage en lui même soit la source soit un petit forage sont conçus de façon à isoler complètement la venue d’eau minérale de son environnement immédiat. Il est protégé en outre par un périmètre sanitaire défini autour de la source qui est propriété de l’exploitant et bien sûr clôturé et où on ne peut pénétrer que pour des raisons de service. Il s’agit d’un petit périmètre immédiat autour de la source. Ensuite, la législation permet de définir un périmètre étendu autour de cette source mais il faut, comme c’est une propriété privée, une déclaration d’intérêt public qui va passer par une procédure très longue et argumentée auprès du préfet et puis par un décret en Conseil d’Etat. Dans ce périmètre, l’exploitant va définir des règlementations et des contraintes comme par exemple ne pas faire de forages au-delà d’une certaine profondeur, ne pas construire d’installation à risque… . Enfin depuis déjà une quinzaine d’années, les sociétés d’embouteillage d’eau minérale mettent en place en dehors de ce cadre réglementaire une politique de protection et de gestion de l’impluvium de leur ressource c’est-à-dire de la zone d’alimentation du gisement où l’eau de pluie s’infiltre. C’est un partenariat avec les agriculteurs, avec les communes, avec les autorités et tous les acteurs locaux de façon à promouvoir une gestion durable des activités anthropiques et des écosystèmes de cet impluvium et éviter ainsi des pollutions à l’entrée du système hydrominéral.


Par exemple, avec les agriculteurs ils se mettent d’accord sur le niveau d’utilisation des pesticides…

Oui, réglementer les engrais, ne pas utiliser de pesticides, généraliser les cuves à lisier ou récolter tous les déchets verts pour faire de l’humus, promouvoir des cultures moins polluantes ou planter des forêts…


Pensez-vous que la qualité de l’eau potable dépend aussi de la géologie locale ? Et quels pourraient être les critères appliqués ?

Oui bien sur qu’elle dépend de la géologie locale et du temps de séjour quand il s’agit d’eau potable d’origine souterraine, de la même façon que pour les eaux minérales….

En France cette origine souterraine représente 60 pourcents des volumes d’eau utilisés pour l’A.E.P. Les 40 autres pourcents sont des eaux de surface, de rivières, de barrages, de plans d’eaux qui sont obligatoirement traitées. Mais même dans le cas où l’eau potable d’origine souterraine est naturellement bonne à la source, elle doit être traitée pour être mise dans le réseau de distribution à titre préventif pour qu’en bout de ligne, elle reste saine d’un point de vue bactériologique.


Donc quels sont les critères géologiques ?

On a toutes les qualités d’eaux souterraines suivant qu’on a à faire à des terrains calcaires avec des eaux bicarbonatés calciques ou des terrains granitiques où on aura des eaux très peu minéralisées ou des sables…Tous les aquifères utilisés pour l’A.E.P ne sont cependant pas protégés de la pollution et leur qualité nécessite souvent un traitement chimique et une stérilisation .


Il faut donc étudier chaque cas.

Oui bien sur, ils sont étudiés notamment au niveau de la définition et la mise en place des périmètres de protection obligatoires pour chaque captage A.E.P. Ce sera alors l’objet d’ une déclaration d’utilité publique .


Et les eaux de sources sont uniquement souterraines ?

Les eaux de sources embouteillées sont uniquement d’origine souterraine. Ce sont aussi des eaux d’aquifères protégés de la pollution, naturellement potables et qui ne peuvent pas être traitées. Ce qui différencie les eaux minérales des eaux de source embouteillées , c’est d’une part la constance de la minéralisation exigée pour l’eau minérale et d’autre part ses propriétés favorables à la santé dont l’eau de source ne peut se prévaloir.
 
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