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DOSSIERS
 
Danone Waters : Evian, Badoit, Volvic
Le 09/07/2009
Mot-clé : eau
Nous avons donné la parole à plusieurs responsables de la filiale "Eaux" de Danone, qui produit des eaux minérales bien connues. Ont répondu à nos questions : Cathy Le Hec, responsable de l'association de protection de l’impluvium des eaux minérales à Evian, Frédéric Rene, vice-président chargé de la Recherche et du Développement, Isabelle Miclo, Responsable du service Qualité et Environnement d’Evian, et Philippe Lachassagne, responsable du service environnement et ressources en eau d'Evian.
 
Synthèse de l’ interview de Cathy LE HEC

Depuis une quinzaine d’années, l’APIEME (association de protection de l’impluvium des eaux minérales d’Evian) construit un partenariat avec les collectivités de la région d’Evian. Le principe c’est que l’association redistribue aux communes de l’impluvium les taxes perçues par les communes près de la source d’Evian et ce budget sert à mener plusieurs actions. L’une d’elle est la gestion des effluents d’élevage. Certains agriculteurs n’allaient pas les étendre sur des parcelles éloignées par manque de temps, utilisaient des engrais chimiques et les effluents stockés pouvaient contaminer les eaux souterraines. L’APIEME va permettre la mise en place du traitement de ces effluents par compostage, qui permet de désodoriser les effluents, de les épandre sur les champs comme engrais naturel sans gêner les troupeaux. Le traitement de ces effluents par méthanisation se met également en place. Elle va permettre de récupérer de l’énergie sous forme de chaleur et de la réutiliser pour chauffer un gymnase d’un collège de l’impluvium par exemple ou pour le séchage dans l’industrie du bois. L’association met en place ce type de projets qui convient à tous : à la fois les élus, les agriculteurs et Evian car la ressource en eau est protégée.

Quelles mesures ont été prises en ce qui concerne la protection de la ressource en eau d’Evian ?

Alors il y a un choix qui a été fait, un choix qui est très important puisqu’il définit vraiment les caractéristiques aujourd’hui de la protection de la ressource, à Evian mais aussi pour nos autres marques : c’est ce choix de partenariat avec les collectivités, qui s’est traduit il y a 15 ans en arrière par la mise en place d’une association, l’APIEME (association de protection de l’impluvium des eaux minérales d’Evian). Cette association réunit les eaux minérales d’Evian donc la société, avec un représentant qui actuellement est le directeur général, et puis réunit chacun des élus concernés par l’eau minérale. Soit parce qu’il s’agit d’une commune d’émergence sur laquelle sont situés les forages, donc là il y a 4 communes, soit parce que ce sont les communes sur lesquelles l’eau de pluie et les neiges s’infiltrent pour alimenter le gisement hydrominéral, ce qui correspond à 9 communes.


Quel est le principe de cette association ?

Alors le principe de cette association c’est un principe de partage financier et des responsabilités de la protection de l’eau. Les communes d’émergence perçoivent une taxe, qu’on appelle une taxe de colle, qui est la colle qui permet de coller les étiquettes sur les bouteilles. Pour chaque bouteille vendue en France, elles perçoivent une taxe, c’est régit par le code des impôts. Les communes sur lesquelles la protection est importante, sur lesquelles il va falloir mener des actions pour protéger la ressource en eau, elles, ne touchent pas de bénéfices financiers liés à l’embouteillage. Donc le principe de l’association c’est de reverser des fonds. Les communes d’émergence reversent une partie de la taxe qu’elles touchent dans l’association, les eaux d’Evian en font de même, et le budget sert à mener des actions qui nous paraissent nécessaires sur la zone d’infiltration qu’on appelle communément l’impluvium.


Figure 1 : Impluvium d’Evian situé sur le plateau de Gavot ©copyright photoproevent

Très concrètement, avec l’association, les élus et les représentants des eaux d’Evian, on se retrouve à peu près toutes les 6 semaines, autour d’une table pour faire un point sur les projets. Donc c’est vraiment un travail en continuité avec eux autour des projets.

Le principe important c’est donc le principe de collaboration avec les élus. Et en fait c’est lié à un choix qui est le suivant : soit la société des eaux d’Evian faisait le choix de l’acquisition foncière il y a 15 ou 20 ans en arrière pour maîtriser le territoire. Parce que ce n’est pas un territoire désertique, il y a de l’activité humaines, des villages, etc.. Soit c’était le choix de l’acquisition foncière pour dire : “on est propriétaire, on gère”, soit c’est celui du partage et de dire : “finalement vous les élus, vous avez des responsabilités sur ce territoire là, nous nous avons comme enjeu de pérenniser la qualité de la ressource pour les années à venir, donc quels sont les programmes que l’on pourrait définir ensemble pour à la fois permettre à vos communes de se développer, que l’eau reste de bonne qualité lorsqu’elle s’infiltre, et pérenniser les territoires agricoles?”


Quelle est l’importance de l’activité agricole sur l’impluvium ?

Le cœur de l’impluvium c’est à peu près 35 km² donc 3 500 ha et plus de 60% de ces surfaces sont gérées par des agriculteurs. L’activité agricole est vraiment l’activité dominante.


Figure 2 : Une exploitation agricole de l'impluvium du site d'Evian

C’est pourquoi en fait il n’était pas envisageable de mener des actions de protection de la ressource sans prendre en compte l’activité agricole. Donc tous ces enjeux ont été partagés au niveau de l’APIEME. Et au niveau de l’agriculture, le pari était même un peu fou il y a 15 ans en arrière, puisque l’objectif c’était de pérenniser l’agriculture. Pérenniser dans les années 90 où l’agriculture était montrée du doigt parce que c’était le principal responsable des pollutions des eaux souterraines, alors que jusqu’à présent on affectait les risques de pollution plutôt à des activités industrielles et autre, et là donc c’était l’agriculture qui était montrée du doigt. Il fallait pérenniser, mais pas n’importe qu’elle agriculture, uniquement les activités agricoles qui soient cohérentes avec une protection de l’eau. Alors, le choix a été fait de mettre en avant des mesures collectives et ne pas rentrer dans un espèce de négociation financière avec un agriculteur pour dire : “si vous engagez un hectare, on vous financera telle hauteur, etc.”, qui sont quelque part plus ou moins la base des programmes nationaux ou européens. Là l’objectif c’était plutôt de définir des programmes collectifs sur lesquels on ferait un accompagnement technique, pour un programme qui nous semblait cohérent. Alors quand on parle de risques pour l’activité agricole, c’est très souvent la problématique des nitrates qui est abordée puisqu’ils sont très présents dans les effluents agricoles. Ici nous sommes en zone d’élevage, sur les 55 agriculteurs, tous ont des troupeaux laitiers. Donc les premiers programmes ont déjà cerné les effluents d’élevage en se disant : quelque soit l’effluent qui est sur l’exploitation, le risque de pollution provient d’une surdose qui est mise sur les parcelles par rapport à ce que la plante peut absorber, et donc tous les surplus pourraient être lessivés c’est-à-dire emportés vers les eaux souterraines.

Tous les programmes qui ont été menés jusqu’à présent avec les agriculteurs n’étaient pas là pour dire : on vous interdit de mettre plus de tant de tonnes à l’hectare, on vous interdit de faire telle ou telle pratique. Tout le travail a été fait sur le dialogue : “voila, expliquez nous votre fonctionnement, expliquez nous pourquoi on a constaté que vous mettiez plus de fumier agricole, de fumier ou de lisier sur telle et telle parcelle et pas sur telle autre”, et là ils nous ont expliqué que sur leurs sièges d’exploitation ils n’ont que quelques parcelles, et il y en a qui sont très éloignées, sur des zones de semi-montagnes. Donc qui dit éloignement et manque de temps de travail parce qu’ils sont sollicités sur l’exploitation, dit coût élevé. L’association a fait appel à un entrepreneur et chaque agriculteur pouvait bénéficier de ce qu’on appelle une aide pour les épandages éloignés. Donc l’agriculteur pouvait transporter ses effluents en période de forte charge de travail.

On a également aidé sur l’accompagnement des programmes de mises aux normes au niveau du stockage des effluents sur les bâtiments d’élevage. Parce qu’en fait on s’est rendu compte que il y avait beaucoup de fermes qui n’avaient pas les moyens financiers d’investir dans des capacités de stockages, des fosses ou des plateformes et on pouvait avoir des jus d’effluents qui s’écoulaient directement et pouvaient rejoindre les eaux de surface, et après pourquoi pas les eaux souterraines. Donc on a aussi mené ces programmes là. Alors l’état aidait mais les exploitations qui avaient de gros troupeaux : plus de 60 vaches laitières, alors que la moyenne ici est de l’ordre de 30-35 vaches laitières. Les agriculteurs de la région n’avaient droit à aucun programme d’accompagnement, ou certains avaient droit mais pas tous, donc nous on a dit qu’on allait faire en sorte qu’ils aient tous une aide pour avoir ces équipements.

Ensuite, donc ça fait maintenant 3 ans qu’on travaille avec eux pour aller plus loin, on s’est rendu compte que notre choix de pérenniser les exploitations était très positif puisque au travers les programmes que l’on a mené, on se rend compte qu’il y a beaucoup de jeunes qui s’installent. Dans la plupart des exploitations il y a déjà un jeune qui attend pour reprendre. Donc ça, quand on voit le déclin qu’il y a en ce moment sur le département, c’était une vraie réussite. On a soutenu aussi les productions laitières, les AOC (appellations d’origine contrôlées).


Pouvez-vous détailler le programme mis en place sur les effluents d’élevage, sa nécessité et les actions menées ?

Alors pour revenir sur les effluents en élevage, on s’est rendu compte que les agriculteurs, comme ils ont des troupeaux qui restent plus de 6 mois dans les fermes, puisque l’hiver est trop rigoureux donc les animaux restent à l’intérieur, quand la période de mars-avril était positive pour les épandages, en fait ils avaient une charge de travail très importante. Ils ne pouvaient pas étendre les effluents d’élevage sur les parcelles sur lesquelles il y avait des prairies parce que les vaches ne broutent pas après les effluents, du fait de l’odeur. Egalement, comme la plupart ont arrêté les labours pour faire de la céréale ou du mais, et bien c’est très difficile quand on a uniquement des prairies sur son exploitation de pouvoir faire tous les épandages. Et donc certains exploitants gardaient sur leur exploitation des effluents d’élevage qu’ils n’utilisaient pas et achetaient de l’engrais chimique. Comme on veut gérer l’avenir, il faut dès à présent apporter des solutions, parce que autant aujourd’hui ce problème n’en est pas un pour l’eau parce que cela ne concerne pas tous les agriculteurs, si on faisait le même constat avec beaucoup de jeunes qui s’installent, des troupeaux qui grandissent et qu’on n’apporte pas des solutions, on sera confronté demain à des concentrations importantes et les aides sur l’épandage sur les surfaces éloignées n’apporteront plus de résultats.

C’est pourquoi cela fait maintenant plus de 2 ans qu’on travaille avec les agriculteurs pour trouver des solutions, et ces solutions passent par le traitement des effluents d’élevage par compostage, et par la méthanisation. C’étaient des traitements très bien connus par les Suisses et les Allemands.

La méthanisation consiste à créer des espèces de fosses fermées dans lesquelles les effluents fermentent, et de ce fait là on récupère le méthane, qui se serait autrement évaporé dans l’air, et ce méthane devient une énergie renouvelable. On peut le recycler en électricité : il devient un carburant de moteur qui fait l’électricité, et on récupère la chaleur du moteur pour chauffer des installations. Nous avons été avec les agriculteurs visiter ce type d’installations en Suisse, pour savoir si cela s’appropriait au fonctionnement qu’ils avaient eux ici, et donc on a travaillé sur un ensemble de scénarios : combien il faut d’installations, etc. On a fait le choix de ne pas avoir un seul site de traitement qui serait surdimensionné et qui paraîtrait comme quelque chose d’inaccessible. On a préféré faire plusieurs unités et on arrive ainsi à un scénario où on leurs propose 2 sites de traitement par méthanisation et un site de compostage, pour tous les effluents solides. Et on traiterait dans ces sites de méthanisation et de compostage également les déchets verts qui sont collectés dans les déchetteries, qui sont les tontes de gazon, les déchets de haies broyées qu’ont les particuliers, parce qu’aujourd’hui tout ça a un coût pour la collectivité. Les élus voyaient aussi d’un bon oeil cette même logique de dire : “pourquoi envoyer à des kilomètres traiter ailleurs ce qu’on pourrait du coup traiter sur place”, et cela aurait une vraie utilité pour la fertilité des parcelles.


Figure 3 : Traitement des effluents par compostage, qui sont ensuite recouverts par une bâche. Le processus dure 6 semaines et la machine passe de façon hebdomadaire. Une fois traités, les effluents n'ont plus d'odeur, sont exempts de bactéries et sont utilisés comme engrais naturels

En plus quand on fait le bilan de tout ça au final les effluents n’ont plus d’odeur, la réglementation de ce type d’effluents est assouplie donc les agriculteurs n’ont plus de limites d’épandages par rapport aux habitations etc., parce qu’ils avaient plus de 100 mètres à respecter si les effluents ne sont pas traités. Du coup on gagne de la place pour l’épandage. Ensuite on a beaucoup plus de souplesse puisqu’on ne gène plus l’animal donc on peut faire de l’épandage là où les troupeaux vont brouter. Donc finalement, avec ces effluents traités, on retrouve tous les avantages que les agriculteurs retrouvaient dans les engrais chimiques (facile à transporter, ça ne sent pas, etc..). Avec les effluents traités, ça devient une source de fertilisation suffisante et les agriculteurs n’auront plus besoin d’avoir recours aux engrais chimiques.

Donc pour les agriculteurs c’est une économie, c’est une meilleure intégration par rapport à l’image de leur métier auprès des habitants, notamment parce que l’exploitation agricole ne sent pas bon et l’habitant qui vient habiter là, aime bien le côté rural mais il a parfois du mal à supporter l’agriculture! Donc ça c’était important aussi pour les agriculteurs d’avoir ce rôle de traitement des déchets, et d’avoir ce rôle de service qu’il avait dans le passé quand il fournissait à son voisin les oeufs, le lait, etc. Donc le but était aussi de recréer du lien. Et puis les élus, ils voient d’un bon oeil ce type de traitements qui pourra traiter les déchets des assiettes des cantines scolaires. On peut aussi fournir de la chaleur pour leurs propres projets, notamment le projet de gymnase à côté d’un collège, qui sera construit l’année prochaine. Donc la chaleur issue du méthaniseur sera utilisée pour chauffer le gymnase, et il y aura toute une pédagogie autour des énergies renouvelables. Et l’autre site de méthanisation permettrait de préchauffer l’eau pour la coopérative laitière. C’est un site utilisé par un industriel pour transformer le lait en fromage, notamment le fromage Abondance qui est d’Appellation d’Origine Contrôlée. Et ce local en fait appartient aux agriculteurs. Donc le fait de compléter les atouts techniques de cet atelier, de façon indirecte, les valorise, et aussi le surplus de chaleur servirait soit à chauffer des logements sociaux, soit d’associer au méthaniseur d’associer un local de séchage du bois, pour le chauffage des particuliers ou des mairies. On pourrait donc aussi s’associer à la filière bois qui est en train d’émerger.


Grâce à ce programme, via les déchets verts, même les particuliers y trouveraient leur compte ?

Oui les déchets verts seraient placés juste à côté de la déchetterie communale qui réunit les déchets de plusieurs communes. Et notre objectif c’est de permettre aux habitants qui amènent leurs déchets verts à la déchetterie de pouvoir prendre une part de compost pour leur jardin, et là encore de pouvoir faire une démarche participative avec eux, en leur donnant une nouvelle manière d’entretenir leur potager, et d’abandonner les engrais, etc.


Le concept clé est donc la démarche participative ?

Oui, en résumé dans la démarche, très concrètement, les financiers de ces installations ce ne sont pas les agriculteurs, ce sont les eaux d’Evian, l’APIEME, la région, le conseil régional, l’agence de l’eau, etc. Finalement cela fait plus de 2 ans qu’on travaille avec eux pour définir quels seront les meilleurs traitements. Ensuite on met à disposition les équipements techniques, on construit avec eux des filières d’épandage collectif, donc ce n’est pas chaque agriculteur qui amène ses effluents et qui ira les épandre, on fait une démarche collective ce qui permet pour la protection de l’eau d’avoir une parfaite traçabilité sur la qualité du traitement et de là où ce sera épandu, avec un cahier des charges précis. Et notre démarche collective intéresse les agriculteurs parce que pour eux c’est un gain de temps incroyable, parce qu’ils passent des jours et des semaines sur la gestion des effluents et la fertilisation des parcelles. Donc c’est un temps qu’ils pourront consacrer à leur production laitière. Ensuite c’est une économie sur l’utilisation de fuel mais aussi en terme de machinisme agricole. Et puis c’est une avancée aussi en terme de partenariat au niveau de leur commune, comme je vous le disais tout à l’heure. Voila donc en fait, on a su autour de ce projet, apporter des solutions qui sont de l’ordre du gagnant-gagnant. L’association, les élus et les agriculteurs, tout le monde y gagne.

Jeudi dernier, j’ai présenté ce projet là. Parce qu’en fait quand l’APIEME a été créé, les agriculteurs ont eux créé une SICA, qui est un syndicat agricole, justement pour se rassembler et pouvoir discuter avec l’APIEME et avec les eaux d’EVIAN. Et donc ce SICA fonctionne avec un président et des agriculteurs qui sont élus. On a établit avec eux un comité technique qui réunit le président de la SICA et puis 2 agriculteurs de chaque commune. On se rencontre tous les mois ou tous les 2 mois et on a bâti le projet avec 2 bureaux d’études. Et c’est aussi avec eux que j’ai organisé des visites, etc., qu’on est allé voir ce qui se fait ailleurs sur le département ou sur la Suisse. Et donc jeudi dernier, on présentait le projet et le déroulement, puisque maintenant on va faire les dossiers administratifs, avec une projection de construction pour 2011. Donc on avait convié l’ensemble des agriculteurs pour qu’on soit tous au même niveau d’information sur ce projet. Et je dois dire que les retours sont très positifs. On apporte des solutions techniques mais on a travaillé avec eux pendant 2 ans. En plus des visites, on leur a permis de faire du compostage en plein champ. Le compostage c’est quelque chose qui existait sur d’autres communes mais qui n’existait pas sur les territoires à ces altitudes là. Donc on s’est dit voila, ça existe ailleurs, dans le Jura, ailleurs dans le département, si vous voulez vous essayez chez vous. Ils se sont dit “ah oui tiens on arrive pas à faire une super qualité mais ça peut être intéressant”. Ensuite ils disent “oui, mais moi j’ai un peu abîmé le bord de ma parcelle, ça serait mieux de faire une plateforme”. Donc j’ai dit “oui d’accord une plateforme mais on pourra pas traiter les effluents liquides”. Et donc voila c’est comme ça qu’on a construit le projet. Comme une équipe projet dans une usine finalement, où on associe tout le monde et puis chacun amène sa pierre à l’édifice. Et on a fonctionné de la même façon avec les élus, en disant “ah bah oui mais si on fait de la éthanisation, du coup quels seraient les déchets qui seraient intéressants de traiter ?” et ils nous ont répondu que oui ils ont des déchets qui leur coûtent tant par ans, et si cela n’aurait pas intérêt pour nous, et voila ça a fait boule de neige.


N’y a t-il pas des risques de contamination par certaines bactéries ou autres par l’épandage d’effluents sur les champs ?

Sur l’aspect traitement des effluents, sur les aspects sanitaires, comme il y a une montée de température, ça hygiénise complètement les effluents d’élevage, donc il n’y pas de risques dus aux coliformes et autres types de bactéries qui pourraient être présents dans les effluents, vu qu’ils seront traités. Le traitement hygiénise complètement le produit.

Ensuite sur les autres types de risques du type des pesticides, contrairement à l’eau potable, l’eau minérale doit être complètement pure donc exempte de ce types de contaminants. Donc en fait on avait travaillé avec l’INRA et depuis des années on s’était penché sur les niveaux de risques liés à certaines molécules, et bien avant que l’état interdise l’atrazine on avait déjà fait ce choix là sur le territoire. On avait défini une autre molécule de substitution à l’atrazine avec l’INRA, qui paraissait beaucoup moins à risque par rapport à la protection de l’eau.

En parallèle, on a travaillé avec les agriculteurs pour bien définir les exploitations pour lesquelles la production de maïs était indispensable. Il ne s’agit pas de dire “il n’y a plus aucun maïs”, mais il s’agissait de dire “définissez-vous maintenant si c’est une culture indispensable pour vous”, ce qui a permis de réduire cette production. Alors on parle là de 2 600 hectares agricoles, il y avait à peu près 80-960 hectares de maïs il y a une dizaine d’années, aujourd’hui il y en a entre 50 et 60 hectares chez les agriculteurs qui en ont vraiment besoin pour leurs troupeaux. Et sur ces cultures là, il n’y a bien sûr plus du tout d’atrazine.

Egalement on est en train de démarrer un programme pour tester le désherbage mécanique, avec le soutien de la Chambre d’Agriculture, pour pouvoir réduire au maximum tout apport de pesticides.


Nous avons donc abordé les programmes agricoles, quels sont les autres programmes pour la protection de la ressource ?

Il y a aussi les programmes liés à la présence de la population. Il y a à peu près 6 000 habitants sur l’ensemble de l’impluvium, c’est un milieu rural où les villages sont relativement dispersés. On a vraiment fait un projet très ambitieux avec les communes pour construire une station d’épuration, et puis déployer le réseau de collecte des eaux usées. En fait pour ces communes rurales tous travaux de collecte représentent des sommes astronomiques, donc les élus menaient ces projets mais ça pouvait perdurer pendant des années. Donc on les a aidé financièrement pour activer ces projets là. Mais après on les aide également sur l’expertise du type de traitement, c’est-à-dire sur quel secteur on peut conduire un assainissement individuel, quels sont les moyens de contrôler que ça fonctionne, quels sont les réseaux de surveillance que l’on fait. On prélève en fait différents points de ruisseaux, de sources etc.. pour arriver à diagnostiquer des maisons qui ne seraient pas assainies. On a fait tout un travail comme ça pour améliorer le traitement des eaux usées. C‘est un autre point important.

L’objectif était aussi de protéger le réseau hydrographique et les marais, puisque les marais étaient il y a 10 ou 15 ans le lieu de déversement des eaux usées, car ils ont une capacité épuratoire impressionnante. En fait tous ces programmes d’assainissement permettent de protéger les marais et ils continuent à filtrer d’autant mieux l’eau qui tombe sur leurs bassins versants. Tous ces travaux là, de préservation des parcelles sur lesquelles sont situés les marais, et les aménagements des installations pour éviter qu’ils soient pollués, a été reconnu par RAMSAR, qui est la convention internationale pour protection des zones humides, et l’impluvium est classé site RAMSAR depuis octobre 2008.

Ce label récompense les eaux d’Evian et les élus pour avoir très tôt perçu ces territoires comme ayant des enjeux faunistiques et floristiques mais aussi des enjeux de patrimoine par rapport au passé, et puis des enjeux par rapport à la filtration de l’eau et la protection de l’eau douce. C’est à peu près 200 hectares de zones humides qui filtrent 30% de l’eau qui alimente le gisement minéral, donc ça avait un enjeu important pour l’eau. Mais toutes ces actions complètent la sécurisation du filtre et la qualité de l’eau qui s’infiltre.

Enfin l’association épaule les élus pour définir des programmes d’énergie renouvelable ou autre sur leurs communes. Et en parallèle on a des études d’experts d’un bureau d’études qui est basé à Toulouse, qui ont été les premiers à travailler avec le Ministère sur le type d’évaluation des émissions carbone sur les exploitations agricoles. Ils sont en train de réaliser 25 bilans carbones sur 25 exploitations agricoles, sur les 55 qui sont présentes, en vue toujours d’être en avance, parce qu’on pense que dans les années à venir, le bilan carbone pour une exploitation sera incontournable pour percevoir les aides de la PAC notamment. Donc on essaie d’être toujours un peu dans le rôle de site pilote pour préparer l’avenir avec les agriculteurs. On leur donne des recommandations sur les installations qu’ils peuvent faire sur leurs sites pour réduire leur consommation en énergétique, donner des pistes d’action.


Toutes ces actions sur les zones humides et les énergies renouvelables sont bien évidemment en lien avec l’objectif fixé par Franck Riboux qui vise la neutralité carbone pour le site d’Evian en 2011.

Oui aujourd’hui l’expertise d’Evian est reconnue mondialement du fait qu’on soit classé site RAMSAR. L’engagement est de compenser cette neutralité en réhabilitant les zones humides, et Franck Riboux a choisi les mangroves qui sont les plus importantes dans l’absorption du CO2 sur la planète. Et il se trouve qu’en 20 ans les mangroves ont été détruites à hauteur de 25% à peu près et du coup il y a un véritable enjeu quand on parle d’emprunte carbone, pour le réchauffement climatique. Donc réhabiliter ces zones humides, c’est important pour la neutralité carbone d’Evian mais c’est aussi en lien avec ce qu’on fait ici et l’expertise qu’on veut déployer ailleurs. C’est aussi un projet des écoles de protection de l’eau qui a été mené l’année dernière, de faire un programme en envoyant des salariés dans 3 pays, au Népal, en Argentine et en Thaïlande, pour aller avec des ONG locales trouver de l’aide et des programmes autour de la réhabilitation des zones humides. Ces zones sont de véritables reins de la planète puisqu’elles participent à la filtration de l’eau et sont aussi une source de revenu très importantes pour les populations locales, où on trouve de la pêche, voire du tourisme, puisque c’est près de lacs. Il y a donc 3 salariées qui sont parties, qui viennent de rentrer donc on n’a pas encore toutes les retombées mais on a déjà des témoignages qui sont très riches à la fois au niveau humain et au niveau des programmes que l’on peut mener auprès des populations locales.


Synthèse de l’ interview de Frédéric RENE

Concernant la protection des ressources, la première étape est de monter une cartographie pour définir l’impluvium, puis d’établir des accords avec les collectivités locales des régions concernées pour protéger l’eau et renforcer la biodiversité. Pour ce qui est de l’impact écologique, souvent reproché aux eaux embouteillées, il est bon de savoir qu’il faut 2,5 L d’eau pour produire 1L d’eau potable, et seulement 1,6L d’eau pour produire 1L d’Evian. Le matériau utilisé, le PET, est utilisé pour sa grande transparence, sa souplesse et sa recyclabilité totale et parfaite. De plus Frédéric René insiste sur le fait que le PET ne contient aucun phtalates et ne peut pas contenir de bisphénol A. Le problème actuellement des bouteilles ne vient pas du matériau utilisé mais des pratiques de recyclages des français qui ne sont pas assez développées. Les objectifs de Danone sont de devenir carbone neutre d’ici 2011-2012 et de monter des projets validés par RAMSAR pour la création et la restauration de zones humides sous des zones de captures de carbone. Enfin, les quatres axes de recherches majeurs chez Danone, dirigés par M. René, sont : la confection des emballages, les matériaux de demain, la compréhension des systèmes hydriques et la physiologie humaine.

Comment s’effectue la protection de vos ressources par rapport aux activités humaines au niveau de l’impluvium ?

Alors, avant d’aborder la question de la protection, il faut d’abord déterminer les limites de l’impluvium. Ce sont de longues investigations scientifiques qui ont permis de dire que l’eau d’Evian qui sort à la source Cachat vient exactement de la zone du plateau de Gavot et que la surface concernée par l’infiltration (c.à.d. l’impluvium) correspond à cette zone. Donc nos premières études scientifiques sont des études hydrogéologiques (chacune dure au minimum 1 an pour connaitre les impacts des saisons sur le système) et qui permettent de définir l’impluvium ainsi que le système hydrogéologique.

Une fois qu’on a délimité l’impluvium, il faut identifier les impacts environnementaux des activités humaines. Comme il s’agit de zones rurales aussi bien pour Volvic que pour Evian, il n’existait dessus que des activités traditionnelles et des cultures non intensives. Un des rôles de Danone a été de faire prendre conscience aux habitants des communes qui exploitent la source d’Evian, située en bas, et qui reçoivent tous les dividendes d’exploitation de la source liés soit aux thermes soit à la cession des droits d’exploitation (à Danone dans le cas présent), que ces personnes avaient un intérêt commun équitable avec les gens de la zone de l’impluvium située sur le plateau et qui eux ne bénéficiaient pas des revenus liés à l’activité d’embouteillage. Une des premières choses ça a été de les mettre en contact et de leur faire prendre conscience de leur interdépendance et bien évidemment l’idée a été de créer un groupement, l’APIEME (Association de Protection de l’Impluvium des Eaux Minérales d’Evian), avec Evian, de manière à mettre des gens en partenariat et à édicter des règles de bonnes pratiques pour que l’un et l’autre puisse se développer.

Dans le cadre d’Evian, ça n’a concerné que des communes et beaucoup de représentants agricoles. Ce qui s’est passé c’est qu’il y a eu par exemple la suppression de toutes les cuves à fuel enterrées il y a des années de cela. Et puis il y a eut tout un bénéfice de développement d’agriculture de type traditionnelle voire bio comme la production de lait bio qui a trouvé un débouché naturel dans une appellation d’origine contrôlée. Le fromage Abondance en est un exemple et fait une valorisation supplémentaire pour les agriculteurs-producteurs.

Et donc les fonds qui ont été mis dans cette association : une partie vient des communes d’émergence dont la ville d’Evian, une autre partie vient de Danone. L’association intègre en plus les communes d’infiltration et l’administration. Ces gens là travaillent maintenant en bonne harmonie. La première des choses c’était la protection de l’impluvium pour que ce soit du gagnant-gagnant et que tout le monde y trouve un intérêt et de la valeur. Ce n’est pas non plus récent chez Danone, l’APIEME a été créée en 1992 et son équivalent à Volvic, le CEPIV, en 1994.

Après ça a été plus loin pour créer et même renforcer la biodiversité. Par exemple, dans le cas de Volvic, la moitié de l’impluvium ce sont des bois qui ne sont pas du tout exploités donc là-dessus il faut juste s’assurer qu’il n’y ait pas d’installation d’entreprises polluantes. Il se trouve que l’un des maires d’un des villages impliqué dans la zone de l’impluvium est aussi un membre actif de la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux). Il parle justement du nombre d’espèces d’oiseaux protégés et renichés dans cet espace. Donc il y a des bénéfices annexes comme cela et puis dans le cadre de Volvic il y a une autre petite particularité intéressante, il y a eu une grosse mobilisation pour éviter que l’autoroute ne passe à travers cette zone et donc la protéger. Concernant la partie de voie ferrée qui le traverse, il y a une entente avec la SNCF de manière à ce qu’elle n’utilise pas de désherbant chimique pour entretenir les voies mais des systèmes pour les brûler. Comme vous pouvez le voir, ça va jusqu’à des détails précis pour protéger la zone d’infiltration.

Danone exporte cette façon de procéder dans l’ensemble des pays où on est présent. Quand je dis « exporte » c’est le modèle et les savoir-faire, après il faut prendre en compte l’environnement et les politiques locales, les zones géographiques mais c’est exactement la même approche qui est utilisée, à la fois en terme de protection de l’environnement, en terme de développement durable au dessus de l’impluvium pour que ce ne soit pas des zones inutilisables. L’intérêt c’est que les gens puissent aussi bénéficier de cette nature protégée.


Donc vous avez beaucoup de données à ce sujet ?

Là où on a le plus de données c’est pour la plus ancienne de nos eaux naturelles donc Evian. On a au moins 40 ans d’études scientifiques régulières faite sur la compréhension du système hydrogéologique d’Evian. Avec notamment l’aide d’un professeur de l’Université d’Avignon très connu en France, le professeur Blavoux. On a grâce à ça permit à des scientifiques de mettre au point des techniques qui sont devenues aujourd’hui des références par exemple pour la datation des eaux et la détermination de leur origine. Le Prof. Blavoux a notamment développé une méthode de dosage isotopique appliquée à l’eau qui nous permet d’affirmer que l’eau qu’on retrouve dans l’eau d’Evian est bien une eau qui s’est infiltrée à une altitude de 1050 mètres et âs une autre. Cette composition isotopique que l’on retrouve à l’émergence correspond à celle des eaux de pluie trouvées à ces hauteurs. Ce qui nous donne une garantie de l’altitude et ensuite avec cette altitude - qui correspond au plateau de Gavot -, on a aujourd’hui la connaissance de la zone exacte d’infiltration de l’eau pour alimenter la source Cachat.


Pour l’eau du robinet il faut à peu près 2,5 litres d’eau pour produire 1 litre d’eau potable, y a-t-il un ratio pour l’eau minérale Danone ?

Oui c’est ce qu’on appelle le ratio sur l’eau, on est aux environs de 1,6 litres. C’est en comptant tout, c’est à dire toute l’eau qui est utilisée pour la mise en bouteille de l’eau d’Evian. C’est un ratio standard pour toutes les eaux en bouteille et beaucoup plus faible que pour n’importe quelle autre boisson formulée.


C’est nettement inférieur à l’eau du robinet.

Tout à fait. Et plus, on a aussi la volonté de restituer l’eau non embouteillée de manière naturelle à l’environnement. Il y a en projet et en pilote un jardin filtrant qui est un système d’épuration naturel qui permet de restituer les eaux de service à la nature.


L’impact écologique au niveau de l’utilisation des bouteilles en plastique est-il également mesuré ?

Oui tout à fait. On a un énorme projet autour de ça. On a plusieurs choses. D’abord on s’est intéressé à mettre en œuvre les meilleures qualités de plastique tant en production qu’en recyclage et aujourd’hui on est sûr du PET qui permet d’avoir une grande transparence, une relative souplesse de mise en œuvre et également une recyclabilité totale et parfaite. Quand je dis totale et parfaite c’est-à-dire qu’on a un programme qui a permis et permettra de diminuer au moins de moitié en dix ans l’impact écologique de nos bouteilles. Cela signifie qu’en pourcentage on a réduit et qu’en valeur absolue aujourd’hui on génère moins de CO2.

Et notre objectif pour 2011-2012 s’est d’arriver à être neutre au niveau carbone de manière positive en continuant à réduire le poids de nos bouteilles et à optimiser les quantités de plastique que l’on met en œuvre mais également par une autre voix qui est le recyclage du PET pour les applications de fabrication de bouteilles. Aujourd’hui quand vous achetez des bouteilles d’Evian ou de Volvic, vous avez 25 % de cette bouteille qui est constituée d’un PET qui a été recyclé. Donc c’est un moyen de réduire l’empreinte carbone en diminuant la partie produite. Et au niveau de la partie énergie mise en œuvre, il y a un gros travail pour utiliser les énergies nouvelles et également réduire l’impact environnemental. On est très aidé en France par le fait d’utiliser le chemin de fer. Dans l’usine d’Evian, il y a une gare donc la majorité du transport se fait par train.

Et le troisième volet c’est le volet dit de la compensation c’est à dire la construction par Danone de projets - qui sont validés par RAMSAR, l’organisation internationale sous l’égide de l’UNESCO, - pour la création et la restauration de zones humides qui sont des points de capture du carbone. Pourquoi on le fait avec les zones humides ? Parce qu’on a une direction de l‘environnement qui s’est préoccupée de la façon de réduire notre empreinte carbone et que tout le monde dans la boutique se sent préoccupés de ce sujet en se disant qu’on ne veut pas simplement acheter du « crédit carbone » et se dire ensuite que ce n’est plus notre problème.

On veut vraiment faire quelque chose qui soit basé sur une combinaison gagnante pour tout le monde. On a choisi les mangroves parce que un : c’est ce qui absorbe plus de CO2. Et également car c’est quelque chose qui séquestre le carbone, c’est-à-dire que quand la plante se dégrade, elle se transforme en sédiments qui restent dans la lagune et qui devient une nourriture pour les algues mais également pour d’autres animaux puisque ça devient un refuge. Ce carbone est « piégé ». A l’inverse du bois qui, quand il est brûlé, libère le carbone qu’il avait absorbé. On a trouvé ça particulièrement intelligent d’autant plus que dans les zones dans lesquelles on doit le faire (comme le Sénégal qui est notre projet pilote), cela a aussi un avantage économique local puisque ça recrée de l’activité, ça recrée des ressources notamment pour la pêche. Et ça a aussi un autre avantage, c’est que la plupart du temps c’est une protection naturelle qui minimise les conséquences des typhons et tempêtes tropicales et les dégâts qu’ils pouvaient causer. Ce n’est pas la voie la plus facile mais ça nous a paru être la voie la plus vertueuse de manière à compenser le carbone de la partie qu’on n’arrivera jamais à supprimer.

Je voulais vous apporter un éclairage sur les PET parce que c’est une question qui nous revient assez souvent. Une des problématiques de la bouteille plastique est que dans le passé, les matériaux plastiques qui n’étaient pas d’une qualité environnementale exemplaire ont été abondamment utilisés. Donc ça a été un problème parce que ces matériaux, personne ne savait trop quoi en faire et ils ont pour beaucoup été brûlés dans des décharges tels quels ou dans des usines qui à ces époques n’étaient pas forcément équipées pour avoir des rejets contrôlés. Donc ça a généré une problématique réelle qui n’a bien été prise en compte que plus tard, notamment par la recherche de copolymères qui ont des propriétés complètement différentes comme le PET. Il y a des copolymères qui sont complètement inertes aux températures où on les utilise et ce sont des polymères qui se réutilisent facilement dans d’autres filières.

Je prends le PET, jusqu’à présent toutes les bouteilles qui étaient recyclées ont été transformées en moquette d’habitation, tapis de voiture, polaires… et aujourd’hui on sait fabriquer beaucoup d’autres pièces à partir de ce PET recyclé. Ca peut être des capots de téléphone, des pièces d’aménagement intérieur d’automobiles ou de trains, … Notre question aujourd’hui n’est pas tellement de trouver des débouchés pour le recyclage du PET car ça il y en a beaucoup. Et avec l’augmentation du pétrole brut de toute façon c’est un gisement qui va être créateur d’applications, qui l’est déjà, mais qui pour moi est une source de valeur ajoutée pour le futur autant en emplois qu’en création de richesses. Parce qu’un des problèmes majeurs de la bouteille aujourd’hui et des autres emballages c’est le manque de tri et de recyclage. Et en France on n’est pas trop mal, on doit être à 60%. L’Allemagne est bien plus élevée à 80-85%. Par contre l’Angleterre c’est faible, 20% je crois. Là on a monté quelque chose d’expérimental à Glasgow pour commencer à ce que l’on trie et recycle beaucoup plus. Et en fait du coup, le volume du recyclage n’est plus du tout un problème puisqu’au contraire ça devient une matière première, ça crée une activité qui est à la fois économique et créatrice de valeur ajoutée.


Le PET est de très bonne qualité mais n’y a –t-il pas de risques de résidus de phtalates ? ou bisphénol A ?

Pour le PET, que ce soit clair, il y absolument zéro phtalates et il ne peut pas y avoir de bisphénol A. Le bisphénol A peut venir du polycarbonate (qui est un matériau plastique différent du PET) qu’il constitue mais à des niveaux de traces. Alors ceci étant dit, une de nos obsessions c’est de bien maîtriser tout ça. On a donc un contrôle très sérieux et on fait faire un grand nombre d’analyses quotidiennes chez nous mais aussi à l’extérieur pour bien le valider et ne pas avoir de mauvaise surprise. On garantit et on fait valider nos matériaux comme tous nos confrères de la profession.


Quels sont les axes de recherche principaux aujourd’hui pour l’eau chez Danone ?

On a un axe très fort sur tout ce qui est confection des emballages. On utilise des techniques avancées et des techniques de pointe de simulation numérique qui nous permettent d’optimiser au maximum le design et le poids de nos bouteilles. C’est-à-dire qu’on est capable de faire quelque chose qui est à la fois « stylé » au sens créatif du terme et en même temps très efficace avec un poids minime. Ce premier axe réduit l’empreinte carbone et nous fait progresser sur l’utilisation des matériaux et sur la façon dont on peut optimiser nos machines

Le deuxième axe est : le PET, c’est bien mais quels sont les matériaux de demain ? Je suis convaincu que le futur sera dans des biomatériaux. D’un point de vue théorique aujourd’hui, on saurait faire des bouteilles qui seraient 0% d’origine pétrole car une partie peut venir du recyclage mécanique du PET, ce que l’on fait déjà à l’heure actuelle, une autre partie peut venir d’un recyclage « chimique » c’est à dire qu’on décompose la molécule de PET pour recréer des molécules simples et on re-synthétise un PET normal en utilisant une autre source de molécule qui elle serait produite par des micro-organismes de manière naturelle à partir de plantes par exemple. On regarde où en sont les travaux sur ces matériaux et comment on peut promouvoir cette recherche, comment on peut mettre en application ce genre de nouveaux matériaux chez nous, comment on va le faire homologuer… On est intéressé par les produits dits de deuxième génération qui représentent la capacité que l’on a de synthétiser ce genre de molécules à partir notamment de sucres. Toutefois on rentrerait ainsi directement en compétition avec des utilisations pour l’alimentation et les biocarburants. On sait que ce n’est pas notre avenir parce qu’il est beaucoup plus utile et vertueux d’utiliser la partie noble des plantes pour la nourriture ou pour fabriquer du biocarburant que de fabriquer des emballages avec. Donc ce qui m’intéresse moi à terme c’est plutôt la troisième génération, c’est-à-dire la partie non valorisable des plantes : la tige, la feuille, et démarrer de la cellulose et la lignine par exemple.

Ensuite on a un autre axe très fort chez Danone qui concerne tout ce qui est lié à l’hydrogéologie. Malgré ce que je vous ai expliqué tout à l’heure sur Evian, on ne connaît pas tout et on fait face à beaucoup de situations complexes, donc on continue de développer des nouvelles méthodologies de recherche d’eau et de compréhension des systèmes hydriques dans différents pays pour nos nouvelles sources de manière à valider que leurs caractéristiques permettent d’en faire une eau minérale naturelle. C’est-à-dire quelque chose qui est bon pour la santé, parfaitement sain, qu’on n’a pas besoin de traiter, qui est non touché par l’homme et qu’on puisse protéger efficacement.

Un autre volet concerne la physiologie humaine et le rôle des eaux - notamment des eaux minérales naturelles - sur la santé humaine. Il y a plusieurs aspects. Certains aspects sont assez évidents – même si paradoxalement parfois contestés ! -, on travaille sur l’hydratation, on a des travaux sur les bénéfices de l’eau et les bénéfices d’une bonne hydratation que l’on voudrait pousser pour qu’il y ait plus de recommandations précises sur les quantités d’eau à boire quotidiennement. Un peu à l’image de ce qui se fait sur les quantités de calories ou un système similaire. Je trouve ça étonnant que l’on ait réussi à faire un travail exceptionnel sur les calories, qui concerne tout le monde et qui donne des valeurs concrètes alors qu’on se pose des questions sur l’eau. Aujourd’hui dans la population normale de pays avancés, on sait qu’il faut 2 000 kcal pour une femme et pour un homme 2 500 comme repère. C’est très dépendant de l’activité des personnes mais aussi de leur physiologie et de leur nature. Cette valeur repère nous permet d’avoir une base que l’on peut adapter en fonction de notre taille ou activité. Ces valeurs repères si vous regardez sur l’eau, elles n’existent pas. On dit boire de l’eau à volonté, on dit de boire quand vous avez soif. Aujourd’hui les experts vont nous dire que la soif c’est un signal d’alerte, c’est un signal corporel qu’il est déjà trop tard. D’un autre côté c’est fait exprès parce que si on avait soif dès que l’on manquait d’eau, jamais les hommes préhistoriques n’auraient pu quitter les points d’eau et commencer à explorer leur environnement ou chasser des animaux. Par contre, cela ne veut pas dire que ce soit un état qui soit bon. On sait aussi que la sensation de soif disparaît avec l’âge ou certains facteurs émotionnels donc je pense que des recommandations seraient importantes et nous sommes disponibles pour y contribuer. Notre première conviction est que l’eau est la meilleure proposition que l’on puisse faire à son corps. On doit être simple, l’eau est tout ce qui est nécessaire et pour sa santé il vaut toujours mieux boire de l’eau qu’autre chose.


Pour l’instant, vous êtes surtout axé sur les nourrissons avec des eaux très pauvres en minéraux.

Si on est convaincu que l’eau est ce qu’il y a de plus sain, parmi les différentes eaux, j’ai la conviction que les eaux minérales naturelles présentent une supériorité par rapport aux eaux processées ou aux eaux banales de surface. Par exemple je sais parfaitement d’où elle vient, quelle est sa composition, et je peux garantir que cette composition est stable. Je garantis que s’il n’y a pas de cataclysme ce sera toujours la même. Donc c’est déjà une différenciation par rapport à d’autres types d’eaux processées pour lesquelles je ne suis pas du tout confiant pour dire qu’il n’y a pas de variation, jamais de risque et que l’on sait d’où elles proviennent.

Le troisième volet que vous abordiez avec votre question est que certaines eaux minérales naturelles ont des propriétés santé différentes. Nous on a la chance en France, d’avoir des sources qui sont faiblement minéralisées et d’avoir aussi des eaux particulièrement adaptées à des périodes très précises de la vie comme par exemple pour les nourrissons. C’est un axe sur lequel on est toujours en train d’investiguer, de remettre à jour nos connaissances pour vraiment regarder tous les bénéfices que nous pouvons en tirer à la fois en terme de santé mais également en terme d’actions de santé ou de protection.

Synthèse de l’ interview d'Isabelle MICLO

L’eau d’Evian se différencie des autres eaux minérales par son faible taux de minéralisation, tout comme l’eau de Volvic. Elle est de ce fait tout à fait adaptée à la consommation quotidienne et pour les nourrissons. Le service qualité d’Evian regroupe 50 personnes dont 20 “fontainiers” qui sont les seules personnes habilitées à entretenir le matériel en contact avec l’eau. Isabelle Miclo détaille les fréquences de nettoyages de 14 lignes et les nombreuses analyses quotidiennes en routine, ainsi que les laboratoires d’analyses et fournisseurs sollicités. Une hydrothèque, constituée par le prélevement d’une bouteille sur chaque ligne toutes les heures garantit une traçabilité parfaite en plus du codage habituel. Egalement, les problématiques de recyclage, d’énergie renouvelable et d’écoconception ont abordées dans cette interview. Par exemple, une bouteille est constituée à partir de 25% de PET recyclé et un jardin filtrant va être mis en place à la fin de l’année pour utiliser les effluents, qui contiennent du phosphore et de l‘azote nécessaires à la croissance des plantes, ce qui va permettre d’ annuler leur impact.

Comment se différencie l’eau d’Evian des autres eaux minérales ?

Les eaux minérales naturelles sont classées selon leurs taux de minéralisation. Il existe des eaux comme Evian, et Volvic, qui sont faiblement minéralisées (la teneur en sels minéraux se calcule en mesurant le résidu sec à 180°C, il doit être < 500mg/l pour une eau faiblement minéralisée, or Evian est à 309 mg/l).

Outre sa faible teneur en minéraux, l’eau minérale naturelle Evian a une composition équilibrée, elle est riche en calcium, contient du magnésium et des bicarbonates. Elle est en revanche très pauvre en sodium, nitrates et sulfates, ne contient pas de plomb et son PH est neutre. Cette composition unique en fait une eau tout particulièrement recommandée pour les femmes enceintes et les nourrissons, dont l’organisme est fragile et le système rénal, digestif et immunitaire encore en développement. Pour l’eau de bébé, il convient de choisir une eau pure et faiblement minéralisée telle que l’eau minérale naturelle Evian qui répond aux recommandations de l’AFSSA.

L’idée de devoir changer d’eau minérale est fausse, ce n’est valable que dans le cas d’eaux minérales très riches en minéraux qui sont prises de façon ponctuelle. Il faut bien différencier une eau faiblement minéralisée d’une eau riche en minéraux, ce n’est pas la même chose! Ainsi, toute personne peut boire l’eau d’Evian toute sa vie, à tout moment de la journée.

Enfin, c’est une eau de très bonne qualité, dont le goût neutre en fait une eau qui est même utilisée comme blanc de laboratoire!


Figure 1 : Composition de l'eau minérale naturelle Evian

Comment est constituée l’équipe qualité dans l’usine Evian ?

50 personnes constituent l’équipe qualité sur le site. Parmi ces personnes, Evian est la seule usine au monde à avoir une équipe de « fontainiers ». Ils sont au nombre de 20, et ce sont les seules personnes habilitées à être en contact avec les zones de captages et le matériel en contact direct avec l’eau. Les fontainiers sont rattachés au service Qualité. Ils sont formés très spécifiquement et la rotation est rare. Ils sont donc chargés de désinfecter et d’entretenir le matériel en contact direct avec l’eau d’Evian, mais bien sûr ils ne touchent jamais à l’eau.


Quels sont les contrôles qualité effectués ?

Nous obtenons en moyenne 300 résultats d’analyses microbiologiques et chimiques par jour. Nous avons une cinquantaine de points de prélèvements sur le réseau d’eau minérale et les équipements d’embouteillage ; des bouteilles sont prélevées toutes les 2heures sur toutes les lignes pour des analyses microbiologiques de routine ; à ces analyses de routine s’ajoutent des prélèvements dès qu’il y a une intervention sur ligne ; Des écouvillonnages, c’est à dire des prélèvements sur les machines, les bouchons, les bouteilles sont aussi effectués tous les jours. Les contrôles se font jusqu’à la limite de détectabilité technique sur de très nombreux éléments, ce qui permet de s’assurer de la qualité de l’eau Evian. Les analyses par nos laboratoires internes sont complétées par 3 laboratoires externes: en Suisse, aux Etats-Unis et en France, du fait qu’Evian s’exporte à travers le monde.

En plus des analyses et contrôles routiniers, la DDASS vient tous les 2 mois pour faire tous les prélèvements et les faire analyser par son propre laboratoire.

Par ailleurs, tous les matins, environ 15 bouteilles sont dégustées par 3 personnes du laboratoire spécialement formées ; de même il ya une dégustation par les opérateurs sur toutes les lignes, à chaque début d’équipe (soit 3 fois par jour). Les opérateurs contrôlent par ailleurs plus de 100 critères visuels sur les produits.

Egalement, toutes les heures, 1 bouteille est prélevée sur chaque ligne et gardée pendant 2 ans dans une hydrothèque. Ceci assure une traçabilité parfaite. Si un client veut connaitre ce qu’il y a dans sa bouteille d’eau, grâce au numéro de palette, de lot, de ligne et d’heure et minute indiquée sur sa bouteille, il peut demander à ce que l’analyse soit refaite sur la bouteille de l’hydrothèque correspondant au même lot. C’est une sécurité en plus des traces écrites de toutes les analyses.

De plus, pour chaque ligne, et il y en a 14 au total, et sur les points de captages, il y a des « cahiers d’autocontrôles » où tout ce qui est fait est noté. Le laboratoire fait des bilans hebdomadaires de ces cahiers pour mettre en évidence tout événement, les arrêts, les pannes, les nettoyages etc.

Il a été dit que les distributeurs d’eau potable faisaient autant de contrôles que sur une eau minérale naturelle. Ce n’est pas possible, et pour une raison toute simple : c’est qu’il n’y a qu’une centaine de mètres de canalisations pour une eau minérale contre des kilomètres de canalisations sous terre sur les réseaux d’eau potable. Les contrôles ne peuvent pas être les mêmes. De plus toutes les canalisations d’Evian sont en acier inoxydable, ce qui n’est pas le cas pour l’eau distribuée.


Et comment se passe le choix des fournisseurs ?

En ce qui concerne les fournisseurs de matériau en contact avec l’eau (bouchon, bouteille,…), nous avons un protocole d’homologation qui dure an. Cela nous garantie que le matériau est parfaitement inerte et stable dans le temps.


En quel matériau sont vos bouteilles plastiques? Y a-t- il un risque de migration de certaines substances ?

Toutes nos bouteilles sont en PET (Polyéthylène Téréphtalate), qui est un matériau totalement inerte, homologué au contact alimentaire par l’AFSSA et 100% recyclable. Il n’y a aucun risque de migration avec le PET. Il y a malheureusement une grande confusion avec certaines communications qui affirment par exemple que les bouteilles disséminent dans l’eau qu’elles contiennent des phtalates, un plastifiant chimique. Or nos bouteille en PET ne contiennent pas de phtalates !


Combien y a t-il de lignes de production au total et à quelle fréquence se fait le nettoyage ?

Il y 14 lignes d’embouteillage au total sur le site d’Evian : 12 pour les bouteilles en plastique (formats : 33cl, 50cl, 75 cl, 1L, 1,5L et 2L). Une ligne est consacrée aux bouteilles en verre et une autre pour les brumisateurs. Toutes les lignes sont arrêtées pour être nettoyées et désinfectées de manière complète chaque semaine. De plus, dès qu’il y a un arrêt de plus d’un quart d’heure les équipements sont également désinfectés. Le personnel de production est bien sur formé aux bonnes pratiques d’hygiène et de sécurité alimentaire : il doit respecter un certain nombre de règles, comme le passage dans un sas avant d’entrer dans la salle des opérations, le lavage des mains obligatoire, le port de blouse, de bottes, le masque et les gants.


Quelle est la position d’Evian sur la protection de l’environnement ?

En ce qui concerne la protection de l’environnement, la marque Evian a l’ambition d’être carbone neutre d’ici 2011, comme l’a annoncé Franck RIBOUD, PDG du groupe DANONE, fin 2008. Ceci sera possible uniquement parce qu’Evian est déjà bien avancé en terme de protection de l’environnement.

Tout d’abord au niveau du transport des bouteilles ; la « logique environnementale » oriente l’ensemble des choix logistiques d’Evian. Afin de réduire l’utilisation de camions, Evian privilégie les expéditions de ses produits par le train. Le site d’Amphion possède d’ailleurs le plus grand réseau ferré privé de France avec 11 km de voies empruntés chaque jour par 150 wagons au départ de l’usine. Cet aménagement spécifique permet à Evian d’expédier 70% de ses volumes par le fer. En parallèle, les transporteurs camions sont fortement sollicités pour mettre en place des actions visant à réduire leur impact sur les émissions de C02. Pour l’export, c’est le transport en bateau par container qui est utilisé, et nous avons également fait le choix de travailler avec des compagnies maritimes qui choisissent de réduire la vitesse des bateaux, afin réduire leur empreinte carbone.

Autre point au cœur de nos préoccupations : l’éco-conception des emballages ; c’est une préoccupation historique pour Evian. Au delà de la réduction du poids des bouteilles et des bouchons (-20% en 10 ans et qui se poursuit), les bouteilles sont maintenant fabriquées à base de PET recyclé. L'introduction de 25% de rPET a permis de réduire notre empreinte carbone de 11% notre empreinte totale. L’objectif de passer à 50% d'ici fin 2009, permettra de réduire de 20% notre empreinte totale.

Les bouteilles ont souvent une mauvaise image et sont considérées comme polluantes alors que leur impact CO2 est beaucoup plus faible que la plupart des produits alimentaires, et qu’elles sont entièrement recyclables, il suffit de les trier et les bouteilles redeviennent ainsi des bouteilles !

La gestion et la valorisation des déchets est un élément important du plan d’actions encadré par la certification ISO 14001 (certification pour le management de l’environnement obtenue en mai 2000 et renouvelée tous les 3 ans). A ce titre, l’usine d’Amphion est un site emblématique puisqu’il a atteint depuis 2008 un taux record de 100% de tri et valorisation des déchets : plus de 85% sont recyclés, sur une cinquantaine de filières de recyclage parfaitement tracées, le reste est incinéré et l’énergie est alors récupérée. Ces très bons résultats ont été atteints grâce à la mise en place d’une politique de « tri dès l’origine » : celle-ci va du tri effectué par les opérateurs sur toutes les lignes de production jusqu’à celui du papier dans les bureaux et est complétée par le travail d’un centre de tri semi-automatique intégré de 10 000 m2 installé sur le site. La collecte de tous les déchets, la finalisation du tri, le conditionnement des déchets triés et leur expédition vers des centres de valorisation agréés sont assurés par une équipe de 10 personnes qui ont traité 7000 tonnes de déchets en 2008. Ce centre dispose d’une presse de 80 tonnes, ce qui permet de compacter les déchets et d’optimiser les balles de déchets…et de gagner ainsi près de 25% sur le chargement des camions en partance vers les filières de recyclage.

Dernier point concernant nos effluents et les économies d’eau et d’énergie. Les effluents aqueux de l’usine d’Amphion sont très peu polluants et traités par une station de prétraitement sur le site. Notre ambition est de les rendre totalement neutres grâce à un traitement par les plantes en installant sur notre site industriel un parc végétal filtrant d’ici 2010.

Les économies d’eau et d’énergie font l’objet de programmes réguliers de mesure et de réduction: nous devrions réduire de 50% notre consommation d’eau industrielle entre 2008 et 2010. En terme d’énergie, nous avons un vaste projet en cours avec l’objectif de réduire très significativement notre consommation et d’utiliser toutes les énergies renouvelables possible, pour atteindre la neutralité carbone du site d’ici 2011.


Synthèse de l’ interview de Patrick LACHASSAGNE

Dans cette interview, Patrick Lachassagne détaille l’histoire glacaire de la région d’Evian, qui explique la géologie des sols et donc la composition de cette eau minérale, constante, unique et naturelle. Les roches issues de la glaciation sont de type granitique et les roches locales sont des calcaires ou des dolomites. La minéralisation vient de la descente verticale des eaux qui s’infiltrent dans les roches sédimentaires puis de roches plus perméables, à raison de 1 à 2 centimètres parjour. L’eau parcours la roche pendant près de 20 ans avant de rejoindre la source Cachat. La zone de l’impluvium, située sur le plateau de Gavot à 900 mètres d’altitude est encore difficile à délimitée, mais des études sont en cours. Egalement des études sont menées pour ne pas prélever plus que ce que la nature peut fournir.

Qu’est ce que l’impluvium de la source d’Evian et comment s’est formée l’eau d’Evian ?

L’impluvium est la région où les eaux de pluie et de fonte de la neige s’infiltrent dans le sol. L’impluvium de l’eau d’Evian se trouve sur le plateau de Gavot, à 900 mètres d’altitude, et a une superficie de 34 km².

Pour comprendre d’où vient l’eau d’Evian, il faut s’intéresser à l’histoire géologique de la région.

Celle-ci débute il y a plusieurs centaines de millions d’années, lorsque la région alpine constituait le fond d’un océan au sein duquel se sont déposées différents types de roches, et notamment des calcaires (carbonates de calcium) et des dolomies (carbonates de calcium et de magnésium). Du fait de la tectonique des plaques, cet océan s’est refermé, et les roches qui en constituaient le fond ont été très fortement plissées et compactées. Les derniers plissements datent d’une dizaine de millions d’années.

Beaucoup plus récemment, lors de la dernière période glaciaire, il y a environ 30 000 ans, le Rhône, qui traverse aujourd’hui le lac Léman, était un fleuve de glace. Il constituait un immense glacier qui occupait toute la dépression lémanique entre les Alpes au Sud (et notamment le plateau de Gavot) et le Jura au Nord. Le lac Léman n’existait pas. A cette époque, l’extrémité de ce fleuve de glace a pu atteindre la ville de Lyon, à plus de 150 km d’Evian.

Cet immense glacier constituait un barrage vis-à-vis de l’écoulement des eaux de ruissellement en provenance des Alpes et plusieurs lacs se sont ainsi formés dans la région d’Evian, au contact entre les montagnes des Alpes et le glacier du Rhône. Des sédiments (sables, argiles, etc.) se sont déposés au fond de ces lacs. Ces sédiments ont formé les roches dans lesquelles l’eau minérale d’Evian s’écoule aujourd’hui.

Au cours de sa longue histoire, ce glacier a eu des « hauts et des bas », c'est-à-dire qu’il a pu alternativement enfler et ainsi recouvrir partiellement le plateau de Gavot, à plus de 900 m d’altitude, et fondre quasi totalement, avant de disparaître et d’être remplacé par le Rhône et le lac Léman. Lors de l’une de ses dernières périodes de gonflement, il a déposé des « moraines de fond ». Ces roches sont très compactes et de ce fait très peu perméables. Elles assurent la protection du gisement de l’eau d’Evian en empêchant toute entrée d’eau superficielle.


Comment a été délimitée la zone d’impluvium ?

Les contours de l’impluvium ont été délimités, au cours de 40 années d’études et de travaux de recherche, en utilisant les différents outils dont disposent les hydrogéologues : étude de la géologie, mesures géophysiques, étude des modalités d’écoulement des eaux souterraines, mais aussi et surtout grâce à des recherches approfondies sur la manière dont l’eau minérale acquiert sa minéralisation (hydrogéochimie). Ainsi, c’est plus d’une dizaine de thèses de doctorat qui ont été réalisées sur le site d’Evian.

Aujourd’hui, on connaît les limites de l’impluvium. On sait aussi qu’il y a plus de pluie et de neige en altitude, et donc sur le plateau de Gavot, qu’au niveau du lac Léman. On a aussi montré que, depuis les bords du plateau et jusqu’au rivage du lac, les eaux de pluie et de neige ne peuvent que ruisseler, à la fois du fait de la forte pente du sol et en raison de la présence des moraines qui sont très peu perméables.

On a aussi pu montrer que seul un faible pourcentage des eaux de pluie ou de neige précipitées sur l’impluvium s’y infiltre. Leur grande majorité ne rejoint donc pas l’eau souterraine minérale et s’écoule en surface dans les torrents.


Quel est le parcours de l’eau dans la roche ?

La première filtration des eaux de pluie ou de fonte des neiges s’effectue au moment de leur infiltration (verticale) dans les roches d’origine glaciaire du plateau de Gavot. Cette filtration se poursuit ensuite lors du lent écoulement de l’eau minérale, toujours au sein des roches d’origine glaciaire (sables, argiles), vers la source Cachat, qui se situe à plus de 30 m au dessus du Lac Léman et qui est la source principale d’Evian. De la pluie ou de la neige à la source, le parcours de l’eau prend plus de 20 ans, à raison de quelques dizaines de centimètres par jour. Du fait de ce long temps d’écoulement, une année de sécheresse a peu d’influence sur l’eau d’Evian, puisqu’il y a un véritable lissage sur 20 années consécutives (à une ou plusieurs années de sécheresse succèdent toujours des années plus humides).


D’où vient la minéralisation de l’eau d’Evian ?

La minéralisation de l’eau se fait par contact avec la roche glaciaire au sein de laquelle elle circule. Elle est rendue possible par la longue durée de l’écoulement des eaux minérales. La composition de l’eau minérale est donc directement liée à la composition des roches d’origine glaciaire qui forment le sous-sol du plateau de Gavot. L’eau minérale naturelle Evian tire son caractère unique du mélange entre les sables, les blocs de granite et de schistes apportés par le glacier du Rhône et les calcaires et les dolomies d’origine locale. Les calcaires et les dolomies lui apportent notamment ses bicarbonates, son calcium et son magnésium.


Quelles sont les caractéristiques d’une eau minérale naturelle ?

Une eau minérale naturelle se caractérise par plusieurs spécificités. D’abord, il ne peut s’agir que d’une eau souterraine, donc naturellement filtrée et non traitée.

Par ailleurs, une eau minérale naturelle présente une composition naturelle (minéralisation) parfaitement stable dans le temps, du fait de la très longue durée des échanges entre l’eau et la roche.

Une troisième caractéristique importante des eaux minérales naturelles est leur protection naturelle. A Evian, cette protection est assurée par les moraines très peu perméables qui empêchent toute communication entre les eaux de pluie et l’eau minérale en dehors de l’impluvium.

Un autre critère important est la « pureté originelle ». L’eau minérale naturelle doit être protégée de tout risque de pollution d’origine humaine ; en outre, elle ne doit subir aucun traitement chimique. C’est ce qui explique la très faible teneur en nitrates de l’eau d’Evian (3,7 mg par litre), qui sont d’origine naturelle. Cela explique qu’elle soit recommandée pour les bébés (l’AFSSA et l’OMS recommandent de leur donner une eau comportant moins de 10 mg/l de nitrates), alors que la réglementation de l‘eau potable est à 50 mg/L.

Enfin, c’est une eau qui peut avoir des effets reconnus pour la santé, c’est le cas d’Evian qui a reçu un avis favorable de l’Académie de Médecine et du Ministère de la Santé en 1878.


Quels sont les mesures de sécurité prises au niveau des forages ?

A la fin de son long parcours à travers les roches, l’eau evian émerge en différents points à une température constante de 11,6° C. Elle est extraite soit par forage (de 25 à 150 mètres de profondeur), soit directement récoltée à la source lorsqu‘elle jaillit à la surface naturellement sous pression; elle est ensuite acheminée jusqu’à l’usine d’embouteillage dans des conduites agréées par le Ministère de la Santé (acier inoxydable de haute qualité). Depuis son captage jusqu’à sa mise en bouteille, l’eau d’Evian ne subit ni traitement, ni intervention humaine et n’est jamais en contact direct avec l’air ambiant, il est de notre devoir d’embouteilleur de préserver l’eau intacte de la source à la bouteille.

Toutes les installations de captage et d’acheminement de l’eau minérale sont inspectées quotidiennement et surveillées en continu (télésurveillance) par l’équipe des « fontainiers », rattachée au service Qualité de l’usine d’Evian. Seuls les fontainiers sont habilités à entrer dans les zones de captages et à gérer l’entretien des équipements qui acheminent l’eau minérale.

Chaque jour des échantillons sont prélevés en plus de 20 points différents sur le réseau entre les captages et l’embouteillage pour surveiller la qualité microbiologique et chimique de l’eau.

La zone d’émergence est également protégée, depuis 1926, par une DIP (Déclaration d’Intérêt Public) qui interdit, à proximité des sources, toute activité pouvant nuire à la qualité de l’eau minérale. Aux protections naturelle et technique se surajoute donc une protection juridique.


Comment savoir quelle quantité d’eau vous pouvez prélever pour que la source doit durable ?

C’est un travail complexe, mais qui constitue le cœur du métier de l’hydrogéologue : une partie de mon travail consiste à évaluer la quantité d’eau qui s’infiltre pour ne pas exploiter plus que ce que la nature nous donne. Il nous arrive ainsi de ne pas pouvoir satisfaire la demande. Afin de garantir que la ressource ne s’altère pas, et d’en pérenniser ainsi l’utilisation pour les générations futures, Evian ne prélève toujours moins que la quantité d’eau que la nature renouvelle chaque année.


Comment s’effectue la datation de l’eau, quels sont les procédés utilisés ?

Comme vous l’avez vu, le parcours de l’eau minérale, et plus précisément la durée de ce parcours, sont connus grâce à de nombreuses études scientifiques. Le principal outil utilisé pour dater l’eau minérale lors de son arrivée à la source est l’hydrogéochimie. La silice constitue ainsi un bon indicateur de temps de parcours du fait de sa dissolution très lente. D’autres outils hydrogéochimiques ont par exemple permis de confirmer l’altitude de l’impluvium.
   
   
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