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DOSSIERS
 
George POPOFF
Le 22/06/2009
Mot-clé : eau
Pour le Délégué Général du Syndicat des Eaux de Sources, ancien chef de projets à l’AFSSA, les eaux potables sont bien contrôlées. Mais ça ne l'empêche pas de pointer les sujets qui fâchent sans langue de bois.
 
Comment est définie une eau de source ?

Une eau de source est une “eau d’origine souterraine, microbiologiquement saine et protégée contre les risques de pollution”, d’après le Code de la Santé publique. Tout comme les eaux minérales naturelles, elles doivent être embouteillées à la source, elles ne subissent aucun traitement de désinfection microbiologique. Elles respectent les limites de qualité microbiologiques des eaux minérales naturelles et les limites de qualité physico-chimiques des eaux de distribution.


Quelles sont les principales différences entre une eau de source et l’eau du robinet ?

L’eau de source, tout comme l’eau du robinet, fait partie des eaux destinées à la consommation humaine. Elles suivent donc la même réglementation pour les paramètres chimiques. Mais elles sont soumises en plus à la réglementation alimentaire européenne, ce qui n’est pas le cas de l’eau du robinet.

Avoir les mêmes normes de qualité ne signifie pas qu’elles soient identiques : par exemple, elles n’ont pas de nitrates, de chlore, de produits de chloration ni d’autres indicateurs de pollutions comme les pesticides.

Par contre, les eaux de sources – qu’il est interdit de désinfecter - doivent respecter les critères de qualité microbiologiques des eaux minérales qui sont 2,5 fois plus sévères que ceux des eaux du robinet (absence de Pseudomonas aeruginosa, de parasites etc…) ;


Et entre l’eau de source et l’eau minérale ?

Les deux ont une origine souterraine profonde, ne sont pas traitées car elles sont saine microbiologiquement. La principale différence est qu’une eau de source peut avoir une composition constante, mais ce n’est pas obligatoire, la composition peut varier, tandis que la composition d’une eau minérale doit impérativement être constante.


Combien il y a t-il d’eaux de source différentes en France ?

Le syndicat des eaux de source regroupe 40 usines d’embouteillage d’eau de source, et une vingtaine ne sont pas adhérents au syndicat. Il faut savoir qu’une marque d’eau de source peu rassembler plusieurs sources. Cristaline par exemple est la marque qui distribue des eaux de source : environ une vingtaine de sources différentes embouteillées dans des usines situées dans toute la France sont distribuées sous le nom de Cristaline. Mais le nom de la source est toujours indiqué en plus de la marque.


On dit que l’eau du robinet est l’un des aliments les plus contrôlés en France, qu’en est-il des eaux en source, et plus généralement des eaux en bouteille ?

Les eaux de source, tout comme les eaux minérales, sont soumises à des contrôles quotidiens. Pour vous donner une idée, au niveau national, 310 000 prélèvements ont été réalisés sur l’eau du robinet, soit un prélèvement pour 21 000 m3 par an, d’après le Ministère de la Santé de 2008 sur la qualité de l’eau potable en France entre 2005 et 2006. De l’autre côté, si l’on prend l’exemple d’une usine d’eau de source ayant produit 250 millions de bouteilles en une année, il doit il y avoir un prélèvement officiel pour 1 700 m3 par an. Donc même si l’eau du robinet est très contrôlée, les eaux en bouteille le sont également !


Au niveau du plastique utilisé pour la fabrication des bouteilles, le PET, quelles sont ses particularités ? Peut- il y avoir des traces de phtalates ? De bisphénol A ?

Il faut d’abord reprendre les bases pour mieux comprendre. Le plastique est une macromolécule, c’est-à-dire une suite de monomères qui deviennent des polymères, un peu comme les rails d’un train. Les monomères qui forment le polymère sont au choix. Les substances de départ sont surveillées et réglementées par l’agence européenne de sécurité des aliments. Des additifs peuvent être ajoutés : une liste avec les limites d’utilisation sont établies. Cette liste est publique.

Sur tous les produits alimentaires, la classe de plastique doit être indiquée. Le PET (polyéthylène téréphtalate) par exemple se reconnaît par le chiffre 1 dans un triangle, généralement au fond de la bouteille.

Le PET est le plastique utilisé pour les bouteilles en plastique, que ce soit de l’eau ou les autres sodas ou jus de fruits. Il est obtenu par la polycondensation de l’acide téréphtalique et de l’éthylène glycol. Il est naturellement résistant mécaniquement et élastique, ce qui le prédispose au conditionnement des bouteilles. Il y a 6 ou 7 usines de PET en Europe, c’est extrêmement onéreux.

Pour ce qui est des phtalates et le bisphénol A, il faut remettre les choses au clair. Il y a un amalgame entre polyéthylène téréphtalate et phtalates, mais le PET ne contient pas d’additifs ni de phtalates. Dans les PVC par contre, il y a des phtalates.

Le PET ne contient pas non plus de bisphénol A, qui est un xénoestrogène. C’est un rigidifiant. Il est utilisé comme monomère de certaines matières plastiques comme le polycarbonate ou dans les résines époxy. Mais le PET est déjà un plastique rigide qui n’a pas besoin de bisphénol A. Il n’y en a donc pas.

Enfin, les bouchons des bouteilles plastiques sont en polyéthylène.


Peut-il y avoir de l’antimoine dans les eaux de boisson en bouteille ?

L’antimoine est utilisé comme catalyseur pour accélérer la polymérisation du PET. Il fait partie des composés autorisés. Si de l’antimoine est retrouvé dans les eaux, ce n’est qu’à l’état de traces (entre 10 et 100 fois moins que la norme admissible dans les eaux).


Quelle est la position de la France sur le recyclage des plastiques ?

Au niveau du recyclage, 50% des plastiques produits en France sont recyclés. Les fabricants travaillent avec Eco-emballage, il y a un système de cotisations, et l’argent sert à collecter les déchets des collectivités locales. Les 50 autres pourcents vont pour la plupart à l’incinération et l’énergie est récupérée. Il faut savoir qu’aujourd’hui les bouteilles d’eau en PET sont entièrement recyclables. C’est à chacun de faire le tri sélectif pour que le niveau de recyclage soit meilleur en France.


Que répondez-vous lorsqu’on vous dit que boire de l’eau en bouteille est moins écologique que boire l’eau du robinet ?

Je réponds que c’est oublier les 450 tonnes de phosphates déversées par an dans les réseaux d’eau d’Ile de France pour neutraliser les effets du plomb ! Car ces phosphates vont ensuite rejoindre les nappes phréatiques et polluer les ressources naturelles.

Sans oublier aussi les tonnes de déchets produits pas les usines de traitement de l’eau potable (floculats à base de sels d’aluminium ou de fer notamment) qui partent de décharge dans toute la France par des camions.


Que pensez-vous de l’étude allemande sur les risques du PET des bouteilles ?

Cette étude prétend qu’il y aurait des hormones dans les eaux en bouteille. Or le Professeur Narbonne, qui est toxicologue à Bordeaux et expert de l’AFSSA sur les résidus de contaminants, a développé un test cellulaire très performant pour évaluer la toxicité, 20 fois plus sensible que celui utilisé dans l’étude allemande. Le Professeur Narbonne n’a pas trouvé les teneurs aberrantes trouvées par les auteurs de cette étude allemande. D’ailleurs les auteurs eux-mêmes disent qu’ils n’ont pas corrélé leurs valeurs et que les biais sont nombreux. C’est à se demander si cette étude n’a pas été commandée par les industriels de verre allemands. Je pense que l’on est en train de tomber dans un obscurantisme scientifique, les débats scientifiques ne sont plus sereins.


Que pensez-vous de l’eau filtrée ?

L’afssa a reçu une demande d’évaluation sur les résines échangeuses d’ions, utilisées pour enlever les nitrates et les calcaires. Les résines cationiques enlèvent les cations (calcium, etc..) et les résines anioniques enlèvent les anions comme les nitrates. Les carafes filtrantes sont équipées de filtres à charbon actif et généralement de filtres éliminant les nitrates, donc de ce même type de résine. Or l’AFSSA précise que les résines anioniques ne peuvent pas être utilisé au niveau individuel mais uniquement pour les industriels, car il faut les régénérer après un fonctionnement de plus de 12 heures. De plus il n’y a pas de législation sur les résines domestiques. Il faut également prendre en compte les problèmes de changement de cartouches, impératifs, et de relargage possible. Je pense donc que ce type de filtration au niveau individuel est une aberration.
 
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