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DOSSIERS
 
Jean-Marc OURY
Le 23/06/2009
Mot-clé : eau
Pour cet ancien Directeur de la Générale des Eaux, l’eau potable est le produit alimentaire le plus contrôlé. Cependant la qualité finale repose sur la qualité des eaux prélevées et des contaminants possibles pour chaque région.
 
Synthèse de l’ interview de Jean-Marc OURY

L’eau potable est le produit alimentaire le plus contrôlé, avec 64 paramètres surveillés et des normes européennes strictes. Beaucoup d’analyses sont effectuées quotidiennement pour vérifier que les contaminants étudiés sont sous les seuils règlementaires et du chlore est ajouté aux réseaux de distribution en sortie d’usine pour éviter toute développement bactérien dans les canalisations. Cependant il existe une grande variabilité des eaux distribuées. La qualité de l’eau potable dépend notamment du traitement appliqué, qui lui-même repose sur la qualité des eaux prélevées et des contaminants possibles pour chaque région. Elle dépend aussi de la taille de la ville pour laquelle l’usine de traitement des eaux fonctionne : plus elle concerne une grande ville, plus les contrôles sont stricts. Également, des efforts restent à faire concernant les états des canalisations les parties privatives. Selon Jean-Marc Oury, les analyses pour les particuliers devraient être facilitées pour celles et ceux qui souhaitent les réaliser.

Quels sont les critères qui doivent être examinés pour qu’une eau soit dite potable ?

Il existe des normes européennes avec des taux maximaux de différents produits qui sont précisés par les autorités sanitaires. Des mesures sont faites régulièrement et j’espère que les eaux qui sont distribuées respectent effectivement les normes européennes.


Quels sont les traitements des eaux brutes ?

Tout d’abord, l’approvisionnement en eau est toujours un problème local car les ressources en eau sont très diverses. Il y a des endroits en France où la ressource est une eau souterraine de très bonne qualité et où le problème est de retirer les excédents de minéraux, et d’ajouter peut-être un tout petit peu de chlore pour la stériliser avant de la distribuer dans les réseaux (le chlore permet d’éviter des évolutions biologiques dans le réseau lui-même). Quelques fois on utilise l’ozone à la place du chlore.

Il existe d’autres cas comme en région parisienne où, au contraire, on produit de l’eau potable essentiellement à partir de l’eau des rivières ou des fleuves, par exemple la Seine, la Marne et l’Oise en ce qui concerne la banlieue parisienne. Dans ce cas, des traitements plus lourds sont nécessaires, et, si l’on veut être complet, la première chose à faire c’est d’essayer de protéger les rivières elles-mêmes.

A cet égard, je citerai des actions en amont des prises d’eau pour détecter les principaux pollueurs, la création de réserves d’eau brute pour le cas où la pollution viendrait d’un accident de péniche. Ensuite on applique des procédés de traitements. Très grossièrement, on commence par retirer mécaniquement tout ce qui est massif en faisant passer l’eau par des sortes de grilles. Ensuite, avec l’aide de floculants et d’adjuvants, on fait passer l’eau au travers de longs bassins où elle décante, les produits agglomérés descendant vers le fond. L’eau décantée est ensuite filtrée sur des filtres mécaniques puis biologiques qui achèvent son épuration. Enfin, on procède à une stérilisation par l’ozone et par le chlore. Donc vous voyez, sur de telles eaux, les traitements sont beaucoup plus lourds que pour celles que j’évoquais en commençant. Parfois même, on va encore plus loin en procédant à une nanofiltration qui est une filtration extrêmement fine qui, à elle seule, élimine l’essentiel des polluants.

A l’opposé, il y a des endroits (par exemple à Nice je crois) les eaux souterraines sont assez pures, pour ne nécessiter que très peu de traitements. Il y a d’autres endroits avec des eaux souterraines qui sont très stériles mais très riches en minéraux, en fer par exemple, et donc il faut soit les traiter soit mélanger avec d’autres eaux pauvres en ces minéraux. Vous voyez il n’y a pas dune méthode générale. Il faut analyser la ressource, et ensuite prévoir les traitements adaptés, biologiques, chimiques ou mécaniques pour éliminer tout ce qui empêche de respecter les normes européennes. C’est vraiment au cas par cas, avec ceci en commun, que les résultats doivent être dans les normes.


Est ce que vous pouvez nous donner les principaux contaminants qui existent, même si là également c’est variable selon les régions ?

Quand vous regardez les eaux fluviales comme celles des eaux de la région parisienne, vous trouvez des polluants nombreux et variés, qui sont liés aux pollutions industrielles en amont, aux rejets urbains ou encore à ceux des péniches. Le traitement est conçu pour éliminer tout cela. En revanche, la ville de Paris a hérité du 19e siècle de grands aqueducs qui vont chercher l’eau très loin, dans les Yvelines ou en Seine et Marne, dans d’autres rivières beaucoup moins polluées. Mais, en ces zones agricoles, il peut y avoir des problèmes de nitrates qu’il faut aussi traiter, comme c’est le cas en Bretagne par exemple.

Dans les eaux minérales, on rencontre d’autres types de problèmes essentiellement du fait de la présence de minéraux parfois en quantités excessives.


En parlant des eaux minérales, justement il n’y a pas de réglementation au niveau des minéraux ?

Si, il y a des normes de potabilité qui sont applicables en Europe aussi. Mais je saurai moins bien vous répondre. Les producteurs ont en tout cas l’obligation d’afficher leur composition. Je crois qu’il y a des eaux qui sont distribuées et qui ne sont donc pas dangereuses, mais dont la composition poserait des problèmes dans les réseaux de distribution, car la présence de certains composants peut être très favorable à certains consommateurs, tout en posant des problèmes dans d’autres cas. Comme l’eau qui est distribuée dans le réseau doit être bonne pour tous, l’objectif est de produire l’eau la plus pure possible. S’il faut des compléments fluorés ou de tel type de minéraux, c’est au médecin de conseiller tel ou tel type d’eau minérale. Toutes les eaux minérales ne sont pas bonnes pour tous même si elles sont excellentes pour certains.


Pour revenir à l’eau distribuée, tout est donc éliminé par les traitements de production d’eau potable, tout ce qui est nitrates, pesticides, il n’y a pas de risques ?

Tout n’élimine jamais tout à 100%, mais en principe tout est ramené en dessous des normes réglementaires.


Quelles sont les étapes de contrôle tout au long du processus ?

Il y en a toujours eu beaucoup, mais je pense qu’il y a eu beaucoup de progrès. Il y a toujours eu des analyses chimiques en sortie d’usine. Plus récemment, on a beaucoup développé les analyses en réseau, et j’imagine que cela s’est poursuivi depuis mon départ de ce secteur. Par ailleurs les méthodes d’analyses chimiques se sont beaucoup modernisées ces dernières années. On met un prélèvement dans un appareil, et on sait tout de suite ce qu’il y a dedans. J’imagine que ce qui était coûteux et long il y a une quinzaine d’années est maintenant automatisé et peu coûteux. Je ne suis pas sûr que tous les réseaux fassent des contrôles systématiques représentatifs de l’eau qui arrive chez les abonnés, mais ce qui compte c’est la qualité finale de l’eau à ce moment là.


Justement, comment peut-on connaître la qualité de l’eau au robinet du consommateur, est-ce que les contrôles sont effectués jusqu’au bout ?

La théorie c’est qu’un peu de chlore dans le réseau stoppe l’essentiel des développements de bactéries, ce qui explique parfois le goût de chlore, qui est faible en France mais qui est très présent aux Etats-Unis. Si vous avez goûté de l’eau à New York vous avez vraiment l’impression de boire une eau très chlorée : c’est perçu comme un gage de sécurité par les consommateurs. Je sais que sur le réseau de la région parisienne, pour éviter que le goût de chlore ne soit trop fort près de l’usine, on a ajouté des stations de chloration à certains points du réseau, ce qui permet de garder du chlore jusqu’à l’extrémité du réseau et évite en revanche qu’il y ait trop de chlore à la sortie de l’usine. Ce que je vous dis est valable pour la région parisienne. Mais il y a des régions où l’eau est tellement pauvre en matières organiques que le chlore est stable en réseau et que l’on peut donc en mettre très peu.


Le chlore est donc utilisé pour éviter le développement des bactéries, mais est ce qu‘il n’y aurait pas des risques venant de l’état des canalisations elles-mêmes ?

Je vais vous répondre de deux façons. D’abord il y a le réseau public où les pollutions sont extrêmement rares, à ma connaissance. Je ne dis pas que c’est complètement impossible. Je vais vous expliquer pourquoi. Le réseau public est sous pression. Donc quand une canalisation fuit, la probabilité que des choses extérieures pénètrent dans le réseau est quasiment nulle. A l’intérieur des conduites il y a toujours de l’eau qui passe. Si on ne stérilisait pas, il y aurait un développement bactérien. Il y avait dans le passé des risques liés lors des réparations sur le réseau public, puisqu’à ces moments-là, on coupe la pression, et, si quelqu’un a laissé son tuyau tremper dans une cuve industrielle, des retours d’eau vers l’eau du réseau sont possibles. Et donc dans le passé il y a eu une grande action du Service des Mines pour que tous les équipements industriels qui contenaient des produits dangereux soient équipés de clapets anti-retours. Je pense qu’aujourd’hui de tels clapets sont obligatoires partout sur les raccordements au réseau.

En revanche, sur les immeubles c’est beaucoup moins clair. Parce que dans les immeubles il peut il y avoir des plombiers qui font mal des branchements, d’autres qui font des coupures d’eau et il peut il y avoir des mélanges d’eaux chaude et froide par des mélangeurs qui fonctionnent mal. Vous allez dire que ce n’est pas grave, car au départ c’est de l’eau froide. Mais il y a deux points. D’abord ce n’est pas agréable d’avoir de l’eau chaude quand on veut avoir de l’eau froide, mais surtout ce n’est pas recommandé. Je ne suis pas sûr que tout le monde sache cela : prendre de l’eau chaude pour faire la cuisine ou autre c’est moins bien que de prendre de l’eau froide car dans les réseaux d’eau chaude, la température étant plus élevée, les développements bactériens se font plus vite. Ce qui m’a beaucoup frappé c’est qu’il est quasiment impossible d’obtenir des copropriétés qu’il y ait un diagnostic, une aide face à ce type de problèmes.

Autrefois, il existait à Paris un service qui s’appelait le Service des Recherches, qui allait dans les immeubles et qui s’occupait de détecter les risques de communication entre les différents réseaux d’eau qui existaient au début du vingtième siècle, l’un d’eau potable, l’autre d’eau non potable pour alimenter les chasses d’eau et le nettoyage des rues. Mais aujourd’hui, personnellement je trouve dommage qu’il n’y ait aucun moyen pour fournir une aide aux gens qui détectent un problème dans leur immeuble alors qu’avec une analyse des eaux cela serait très facile de voir d’où viennent les problèmes. Mais cela peut coûter cher.


Tout à l’heure vous disiez que l’eau chaude favorisait le développement bactérien, est-ce que l’eau chaude favorise également la dissolution des métaux des canalisations qui transportent l’eau potable ?

Il y a eu de grands débats sur les conduites au plomb en particulier qui étaient mises en place au début du 20e siècle pour faire des branchements. Le remplacement de toutes les conduites en plomb est, je crois, en cours.

C’est en tout cas ce genre de choses qui, à mon sens, rendent indispensables des contrôles de qualité représentatifs de ce qui se passe chez les abonnés, en prélevant par exemple dans des lieux publics, des écoles par exemple, où l’eau du robinet est la même que chez les particuliers. La composition des eaux varie dans le temps, : il faut donc faire régulièrement des contrôles détaillés.


Et les canalisations, en quels matériaux sont-elles aujourd’hui ?

Beaucoup de matériaux ont été et sont encore utilisés. En commençant par les très gros diamètres, on trouve des canalisations en acier, en fonte, ou en béton avec une armature métallique. Pour des plus petits diamètres, on trouve en outre des canalisations en polyéthylène ou en PVC. Pour les branchements, à ma connaissance, on utilise beaucoup le polyéthylène qui est un tuyau souple, noir, qui se trouve dans des grands rouleaux et qui a l’avantage de se déployer rapidement.

La qualité de l’eau en France varie selon les ressources, et il y a encore beaucoup de besoins d’investissements. Cela dépend des collectivités locales. Ce sont les élus qui définissent leurs priorités. Il y a le respect des normes et, au-delà du respect des normes, est-ce qu’on veut que l’eau ait bon goût ? Est-ce qu’on veut qu’on soit juste en dessous de la norme en nitrates, ou largement en dessous ? Ce sont des choix d’investissements, qui peuvent être assez lourds, car les volumes en cause sont énormes. Les gens utilisent de l’eau tous les jours, en grande quantité, et quelque soient les coûts de traitement les volumes sont toujours considérables.


D’ailleurs sur les volumes, j’avais lu dans un rapport de l’IFEN qu’il y avait à peu près 26% de pertes des eaux distribuées en France, était-ce la moyenne de la région parisienne ?

Dans les pays en voie de développement on trouve souvent des réseaux qui sont vieux ou mal entretenus qui ont souvent 50% de pertes. Dans un réseau, les canalisations ne sont en général pas visibles, donc il peut y avoir beaucoup de fuites qu’on ne détecte pas. Il y a aussi l’eau qui n’est pas enregistrée par les compteurs des utilisateurs et qui est considérée comme perdue, car une toute petite fuite chez vous peut ne pas faire tourner votre compteur d’eau. Mais soyez prudents, car la plupart des compteurs comptent bien et une petite fuite sur une chasse d’eau peut doubler la consommation d’une famille : éviter les fuites ce n’est pas seulement bon pour la planète, c’est aussi une économie.

En France, beaucoup de réseaux bien entretenus ont un rendement de réseau de 80%, voire davantage, ce qui signifie que moins de 20% de l’eau est perdue toutes causes confondues. Dans la plupart des villes, quand il y a une fuite sur le réseau, ou bien l’eau s’infiltre et si la fuite est relativement faible, cela peut durer très longtemps, ou bien la fuite vient au niveau de la chaussée en provoquant des dégâts, et dans ce cas on répare très vite. A Paris, c’est particulier puisque les réseaux d’eau sont implantés dans les galeries du réseau d’égouts, et les tuyaux sont donc accessibles au contrôle visuel.


Connaissez-vous la part des eaux distribuées utilisées en cuisine, etc..?

Les distributeurs d’eau vous répondront mieux que moi. Mais j’insiste sur le fait qu’une fuite sur une chasse d’eau peut doubler la consommation d’eau d’une famille : les gens ne le savent pas et c’est vraiment un gaspillage stupide. Ce qui est sûr aussi c’est qu’une douche utilise beaucoup moins d’eau qu’un bain. La consommation pour la cuisine et les autres usages en général me paraît de mémoire moins importante.


Quelle est l’influence de la météo sur la qualité de l’eau potable, quand il y a des orages par exemple ?

La météo a une influence sur la consommation : par exemple quand il y a plus d’ensoleillement, à juste titre les gens arrosent plus leurs jardins. Il y a donc des corrélations très directes entre la consommation d’eau et l’ensoleillement. Les réseaux sont plus sollicités les années où il y a beaucoup d’ensoleillement. C’est moins la température qui compte que l’ensoleillement.

Ensuite, quand il y a de gros orages, on a des eaux de rivière particulières car des déversoirs d’orages rejettent les excédents d’eau en rivière pour que les réseaux d’eau pluviale ne débordent pas. Cela conduit à beaucoup de pollutions rejetées directement dans les rivières. Et donc on sait que quand il y a des conditions de ce type, l’eau est beaucoup plus difficile à traiter. Il y a des usines qui ont été conçues pour faire face à ce type de phénomènes : c’est ce qu’on rencontre dans beaucoup de grandes villes. Et vous avez des usines qui vont pomper dans des nappes souterraines à 20 mètres de profondeur, d’autres qui vont à 500m. Celles qui vont à 500 mètres sont indépendantes de la météo, celles qui pompent à 20 m sont sensibles à la météo. C’est pour cela que vous entendez souvent à la radio quand il y des orages en Normandie, en Seine Maritime, autour de Dieppe par exemple, que la consommation d’eau est interdite. Donc vous avez un phénomène urbain qui est celui que je vous ai décrit en premier, et puis il y a le phénomène rural qui est l’arrivée d’eaux troubles dans les eaux souterraines et qui rendent le traitement plus difficile et qui peut conduire à l’arrêt de la distribution.


Comment est ce que vous percevez l’eau du robinet par rapport à l’eau filtrée ?

Je n’ai pas d’idée. C’est une question que je me suis souvent posée : est-ce que j’ai intérêt à mettre un filtre complémentaire chez moi pour faire du café ou avoir une eau de bonne qualité ? J’ai des souvenirs contradictoires. J’ai des souvenirs de publicités qui disent que c’est excellent et que j’aurai un meilleur café. Et puis j’ai des questions qui viennent des métiers que j’ai faits avant et qui disent : mais y a-t-il des développements bactériens à l’intérieur de ce filtre ? ? Est-ce qu’en éliminant certains minéraux ou certains organismes, je ne fais pas un nid à bactéries qui vient dégrader la qualité de mon eau ?
 
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