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DOSSIERS
 
L’hémisphère Nord manque de vitamine D
Le 18/02/2010
Mot-clé : vitamine D
Les études épidémiologiques sont concordantes: l’insuffisance en vitamine D est très fréquente, surtout en l’absence d’ensoleillement dans les pays de l’hémisphère Nord. Aux Etats-Unis et en France par exemple, plus de 75% de la population est déficiente en vitamine D. De plus, la situation s’est dégradée au cours de la dernière décennie.
 
Définition des valeurs seuils

Bien que la 1,25(OH)2D soit la forme active de vitamine D, ce n’est pas ce métabolite qui doit être mesuré pour déterminer le statut en vitamine D. En effet, en cas d’insuffisance en vitamine D, la 1,25(OH)2D sérique pourra être normale, élevée ou basse. La mesure de ce métabolite n’est donc pas adaptée pour évaluer le statut en vitamine D. C’est la 25(OH)D, représentant le stock de vitamine D de l’organisme, qui doit être mesurée pour savoir si un patient souffre ou non d’une insuffisance en vitamine D.

L’insuffisance en vitamine D correspond aux concentrations de 25(OH)D en dessous desquelles il peut exister des effets délétères pour la santé et notamment pour l’os. Le seuil définissant l’insuffisance en vitamine D est à 30 ng/mL. Des essais thérapeutiques permettant de fixer de façon formelle cette valeur seuil sont en attente, bien que les études transversales plaident déjà pour cette norme. En attendant, les experts estiment qu’il est souhaitable que les niveaux de vitamine D se situent entre 30 et 60 ng/mL.

25 OH vitamine D nmol/L ng/mL
Carence <25 <10
Insuffisance entre 25 et 75 entre 10 et 30
Plage souhaitable 75-150 entre 30 et 60
Hypervitaminose >250 >100

Hollis BW, J Nutr 2005

Un manque de vitamine D entraine une malabsorption digestive du calcium, dont la concentration tend à s’abaisser dans le plasma. L’organisme utilise alors le calcium de l’os pour maintenir une calcémie normale, par le biais de la PTH. En effet, une hypocalcémie stimule la sécrétion de PTH qui mobilise le calcium osseux.

Une carence en vitamine D entraine donc une déminéralisation osseuse, avec des symptômes correspondant au rachitisme ou à l’ostéomalacie (maladie des os mous).

En cas d’insuffisance (ou de déficience) en vitamine D, bien que les niveaux relativement élevés de PTH n’entrainent pas de manifestation clinique de rachitisme ou d’ostéomalacie, le risque de déminéralisation osseuse est important.

Trois français sur quatre manquent de vitamine D

En France, trois-quarts des français manquent de vitamine D. En effet, d’après l'étude SUVIMAX, menée sur 1569 adultes (35-65 ans) français en bonne santé de 20 villes de France, 75% des sujets avaient un niveau sérique de 25(OH)D < 31 ng/mL, ce qui correspond à une insuffisance de vitamine D. De plus, 14% de la population présentait une carence en vitamine D, avec des taux de 25(OH)D inférieurs à 12 ng/mL.

Egalement, les femmes sont une population plus à risque. Notamment, les femmes ménopausées françaises sont particulièrement touchées par le manque de vitamine D. Une étude cohorte de 2006 sur 8532 femmes européennes ménopausées, d’au moins 48 ans, montre qu’en Europe, près de 80% des femmes ménopausées sont déficientes en vitamine D et 32% en carence. En France, 90% sont déficientes !

Des résultats similaires aux Etats-Unis et dans les pays de l’hémisphère Nord

Les études épidémiologiques sont concordantes: l’insuffisance en vitamine D est très fréquente, surtout en l’absence d’ensoleillement dans les pays de l’hémisphère Nord.

Aux Etats-Unis par exemple, 77% de la population américaine était déficiente en vitamine D en 2004. De plus, la situation s’est dégradée au cours de la dernière décennie.

En 1994, 45% de la population américaine (tous âges confondus) avait des taux suffisants de vitamine D (25(OH)D>30ng/mL). En 2004, ce pourcentage a chuté à 23%. Et en 2004, seuls 23% des adolescents avaient des taux suffisants en vitamine D.


Ginde et al, 2009, Arch Int Med

Cette situation ne se limite pas aux populations françaises et américaines. Toutes les personnes vivant dans des pays où l’ensoleillement est faible, aux latitudes nord principalement, sont exposées à un risque d’insuffisance en vitamine D.


Niveaux moyens de vitamine D par pays
Garland et al, Ann Epidemiol, 2009


Pourquoi l’insuffisance en vitamine D est-elle si fréquente ?

La latitude, la période de l’année, l’âge, le sexe, la couleur de peau ou encore le mode vestimentaire sont autant de facteurs qui modifient l’aptitude à fabriquer de la vitamine D, suite à une exposition au soleil.

Selon la latitude, l’intensité des rayons ultraviolets varie. L’intensité est maximale au niveau de l’équateur et s’atténue avec l’augmentation de la latitude. Dans les latitudes moyennes et élevées comme en Europe, les radiations ont plus de chemin à parcourir. De plus, avec l’angle oblique des radiations, la plupart des photons UVB qui permettent la fabrication de la vitamine D par la peau sont absorbés par la couche d’ozone.

La synthèse de vitamine D varie de la même manière selon les saisons. Pendant les mois d’hiver, les radiations sont moins intenses et de plus courte durée, ce qui explique pourquoi la synthèse de vitamine D est plus difficile pendant les mois d’hiver dans beaucoup de pays de l’hémisphère Nord.

Egalement, les personnes de couleur de peau foncée ont besoin d’une exposition plus longue pour produire la même quantité de vitamine D que les personnes dont la peau est claire, car la mélanine agit comme une crème solaire naturelle. Ainsi, à situations identiques par ailleurs, une personne dont la peau est noire devra passer au moins 2 fois (jusqu’à 10 fois) plus de temps au soleil qu’un descendant d’une famille Irlandaise ou Scandinave pour produire la même quantité de vitamine D.

Les femmes seraient aussi plus souvent déficientes en vitamine D que les hommes. Une étude réalisée en région Rhône-Alpes en 2008 montrait que 95% des jeunes femmes avaient des taux inférieurs à 30 ng/mL et 54% étaient carencées, avec les conséquences négatives que cela peut entrainer en cas de grossesse.

Pourcentage de la population déficient en vitamine D (<28 ng/mL) en fonction du sexe et de la couleur de peau
Sorenson M., Vitamin D3 and solar power for optimal health, 2008. USA.

Les personnes âgées sont aussi une population à risque car le précurseur de la vitamine D3, nécessaire à la synthèse de la vitamine D par l’action des UVB, diminue avec l’âge.

Enfin, la crème solaire est certes indispensable en cas de longue exposition au soleil pour éviter le cancer de la peau et réduire la formation des rides, mais elle diminue la synthèse de vitamine D. Une crème solaire avec un indice protecteur de 8 absorbe 90% des UVB et diminue ainsi la possibilité de fabriquer de la vitamine D de 90%. Une crème solaire d’indice 30 diminue quant à elle cette capacité de 99%.

Au final, les apports en vitamine D doivent être plus élevés chez les personnes dont la pigmentation de la peau est foncée, sous les latitudes où l’ensoleillement est insuffisant, chez les personnes âgées, chez les personnes hospitalisées ou alitées ou tout simplement chez les personnes vivant confinées à l’intérieur ou qui portent des vêtements couvrants tout le corps comme les burkas.

Les conséquences d’un manque d’exposition au soleil

De très nombreuses études ont montré une relation entre latitude et prévalence de nombreux cancers : plus on s’éloigne de l’équateur, plus certains cancers (côlon, sein, prostate..) sont fréquents. Cette corrélation pourrait s’expliquer par l’intermédiaire de la synthèse cutanée de vitamine D sous l’influence des UVB.


Cancer du sein et exposition au soleil
Garland et al, 1990 Prev. Med

La carte ci-dessous montre que les taux de mortalité par cancer du côlon sont plus élevés dans les régions Nord-Est des Etats-Unis, les régions les moins ensoleillées pendant les mois d’hiver. Les lignes montrent la moyenne quotidienne sur l’année d’irradiation solaire, mesurée en Langley’s (calories/cm²). Le fait que les taux de cancer ne soient pas les mêmes pour un même ensoleillement peuvent s’expliquer par la différence d’altitude. Les personnes dans l’Ouest vivent à des altitudes beaucoup plus élevées, et l’air y est généralement moins pollué, deux facteurs qui augmentent la quantité d’UVB disponibles.


Cancer du côlon et exposition au soleil
Garland et al, 2006 Am. J. Pub. Health

 
Bibliographie
- Bruyère O. et al (2006). Prévalence élevée de la carence en vitamine D chez la femme ménopausée en Europe et principalement en France : analyse d’une cohorte de 8532 sujets. Revue du Rhumatisme, 73 (10-11) p.1052
- Chapuy MC. (1997). Prevalence of vitamin D insufficiency in an adult normal population. Osteoporosis Interbational. 7 : 39-443.
- Sorenson M. (2008). Vitamin D3 and solar power for optimal health, USA.
- Belaid S. et al. (2008). La carence en vitamine D chez la femme de 18 à 49 ans portant des vêtements couvrants, une réalité méconnue en medicine générale. La presse médicale. volume 37, n° 2 part 1, p. 201-206
- Ginde AA. (2009). Demographic differences and trends of vitamin D insufficiency in the US population 1988-2004. Archives of internal medicine. 169(6) p. 626-32.
- Garland et al. (2006). The role of vitamine D in cancer prevention. Am J Public Health ;96 :252-261
- Graland et al. (2009). Vitamin D for cancer prevention : global perspective. Ann Epidemiol . 19 :468-483
 
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