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Dagpo Rimpoché : « La maladie est une occasion de générer encore plus de compassion »
Le 27/01/2009
Mot-clés : religion, proches, soutien psychologique, vidéo
Le sagesse ancestrale du bouddhisme peut être une aide précieuse pour aider à traverser la maladie. Que l'on soit bouddhiste ou non, grand pratiquant ou simple sympathisant, concerné dans sa chair ou dans son entourage, le vénérable Dagpo Rimpoché, le plus haut représentant du bouddhisme en France, nous éclaire sur la manière de se comporter face à la maladie.
 


Interview de Dagpo Rimpoche
envoyé par guerir

Le texte de l'interview

Anticancer.fr : Que peut faire un bouddhiste pour chacun d'entre nous ?

Dagpo Rimpoché : Dans le cadre de l'accompagnement, si un bouddhiste se trouve au chevet d'un non-bouddhiste, la première chose à faire est de se demander si le malade a ou n’a pas une religion. S'il a une religion, il faudrait que l'accompagnant soit suffisamment préparé pour s'adresser au malade dans les termes de sa tradition. Pour un chrétien, un musulman ou un juif, il faudrait leur permettre de se remémorer les prières et la foi de leur propre tradition. Dans le cas d’une personne qui n'a aucune religion, l'objectif principal est alors de stimuler un état d'esprit le plus positif possible, ou pour le moins serein. Il faudra éviter tout ce qui pourrait le perturber ou l'affliger encore plus. L'accompagnant doit faire montre de calme et de sang-froid et favoriser un environnement calme et paisible. Il faut vraiment éviter de pleurer auprès du malade, de sangloter ou de s’agripper à lui. Une solution facile est d'amener la personne à repenser à ce qu'elle aurait pu accomplir de bien dans sa vie, des choses simples comme les enfants. Mais surtout, lui permettre d'avoir la conscience en paix : même si elle n'a pas fait de choses hors du commun, elle doit avoir le sentiment du devoir accompli.

Anticancer.fr : Que peut apporter le bouddhisme à une personne atteinte de cancer ?

Dagpo Rimpoché : Si le malade est bouddhiste, il faut envisager deux cas différents. S’il s’agit d'un bouddhiste de très haut niveau, aucune maladie ne pourra le perturber. Au contraire, le fait d'être malade sera un rappel pour sa pratique, voire un stimulant. Ce sera une occasion supplémentaire de l'aider dans sa démarche spirituelle. Un pratiquant de haut niveau souffrant d'une maladie même douloureuse pourra se dire que ce qui lui arrive est le résultat d’un karma négatif, donc d'actes négatifs qu'il aurait commis dans le passé. Admettant qu'il a une part de responsabilité, il ne se percevra pas comme une victime innocente, il ressentira une douleur mais n’y ajoutera pas l’indignation et le sentiment d'être atteint sans raison. Une telle expérience sera une opportunité pour déployer plus largement et intensément la compassion qu'il porte à tous les êtres exposés à la souffrance. Le regard porté sur les autres atténuera sa souffrance. Quand une personne éprouve une très forte compassion pour autrui, cela lui donne une très grande force et, en conséquence, une plus grande capacité de résistance.
Pour des pratiquants qui n'ont pas atteint ce degré d'autonomie sur le plan spirituel, un coup de main venant de l'extérieur serait nécessaire. En effet, confrontés à une dure épreuve, ils n'ont pas la force de mener une telle réflexion. La philosophie consiste à inciter quelqu'un qui ne se sent pas bien à ne pas se centrer sur sa maladie ou sa souffrance, mais à adopter un état d'esprit le plus ouvert possible à l’égard de lui-même et des autres car plus le champ d'intérêt est ample, moins la douleur est ressentie.
A un tel malade, on peut recommander d'invoquer les trois joyaux que sont le Bouddha, le Dharma* et le Sanga*, les objets de refuge de tous les bouddhistes, ainsi que ses propres maîtres spirituels. On pourrait lui conseiller également une pratique quotidienne de sutras* qui traitent de la vacuité et qui ont un effet purificateur, de réciter des mantras* et de formuler beaucoup de souhaits.

Anticancer.fr : Pouvez-vous préciser cette notion de karma ? Est-elle en lien avec la notion de faute et, par là, de culpabilité ?

Dagpo Rimpoché : Dans une société bouddhiste, le socle commun est d'admettre la réincarnation et les relations entre les karmas et leurs résultats. La notion de karma est fondamentale pour les Bouddhistes, elle désigne ce que l'on peut faire aussi bien par le corps que par la parole ou par l'esprit. Si l'on pose des causes qui sont bonnes, les résultats sont bons, et si l'on pose des causes mauvaises, les résultats sont à l'avenant. Il ne s'agit pas de faute, mais d'erreur. Il n’est cependant pas question de se laisser écraser par un poids immense de culpabilité, au contraire. Cette position ouvre une perspective pour l'avenir : on se dit qu'il ne faudra pas que cela se reproduise plus tard.
En ce qui concerne les enfants malades, vous savez, les enfants sont dotés d'intelligence et de raison. Dans une société bouddhiste, on voit que les jeunes enfants sont capables de comprendre que ce qui arrive est le résultat de choses qui ont été faites dans le passé. Ils ont aussi entendu que l'on peut agir pour changer les choses, et cela les aide beaucoup.

Anticancer.fr : Y a-t-il des prières qui peuvent être adressées à la personne qui est partie ?

Dagpo Rimpoché : Lorsqu'une personne est partie, puisqu'on admet la réincarnation, on peut essayer de continuer à s'adresser à l'esprit du défunt pour essayer de le guider, ou lui donner des conseils comme de l'inciter à développer de l'amour afin de l'orienter dans une bonne direction. On peut également accomplir, à la place du défunt, n'importe quel type d'activité bénéfique dont on dédierait les résultats à son intention. Pour avoir les bons karmas en vue d'une bonne renaissance, on pourrait faire preuve de générosité en lieu et place du défunt et en lui cédant les bénéfices de ces bons actes.

Anticancer.fr : Pour ceux qui restent, que peut-on faire pour soulager la douleur de la perte ?

Dagpo Rimpoché : Pour essayer d'apporter un réconfort à ceux qui restent, si les proches sont bouddhistes et qu’ils sont attristés par le départ de quelqu'un qu'ils aimaient, il faut les aider à orienter leur amour dans une démarche active. Pour le bouddhisme, la mort n'est pas une fin ; même s'il y a une séparation physique, l'amour peut aller au-delà des frontières. Il s'agit de les inciter à faire des choses bonnes pour aider l'autre.
Pour des non-bouddhistes, il faut éviter de vouloir les raisonner lorsque le chagrin est vif. Rien ne sert de faire de grands discours, juste essayer d'être présent et de saisir les occasions lorsqu'ils sont plus disponibles, et les aider à avoir une réflexion par eux-mêmes pour mettre le doigt sur la nature impermanente des relations humaines. Le plus important c’était la rencontre, et c'est de cela qu'il faut se souvenir.
 
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